Il est loin le temps de la guerre froide où l’entrée des communistes dans le premier gouvernement de Francois Mitterrand, en 1981, faisait frémir les Américains. «Cette époque est révolue», résume un responsable du département d’Etat. Il ajoute que la question pour Washington est désormais l’influence des communistes sur l’orientation économique du nouveau gouvernement.
Un sentiment que le «New York Times» résume en estimant que le Parti communiste français «n’est plus le colosse totalitaire» des années d’après-guerre et que son secrétaire général Robert Hue «n’est pas un loyal disciple de Staline et de ses émules». L’article est titré: «En France, les communistes font partie de la bourgeoisie».
Avant même l’annonce de la composition du gouvernement Jospin, la Maison-Blanche s’était voulue rassurante. «Il y a eu de précédentes périodes de cohabitation, il y a eu des communistes au gouvernement et la politique sera définie par le premier ministre et les éléments centraux de la coalition», avait déclaré son porte-parole Michael McCurry.
Washington, avait-il ajouté, ne s’attend à aucun changement fondamental dans l’orientation générale de la diplomatie française ni dans le rapprochement amorcé par la France vis-à-vis de la structure militaire de l’OTAN.
«Nous continuerons notre dialogue avec le président Chirac sur ce sujet et sur d’autres questions», avait-il déclaré.
Le porte-parole du département d’Etat Nicholas Burns avait souhaité une «relation étroite» avec le nouveau gouvernement et a souligné que les rapports entre Washington et Paris étaient «excessivement importants».
En privé, les avis sont plus nuancés et certaines inquiétudes percent. Un diplomate se demande quel est le rang dans la hiérarchie gouvernementale de Jean-Pierre Chevènement. Celui-ci s’était opposé à la guerre du Golfe du temps où il était ministre socialiste de la Défense et a pris des positions critiques vis-à-vis de l’Europe.
Un autre spécule sur l’attitude du ministre de l’Equipement, des Transports et du Logement, le communiste Jean-Claude Gayssot, dans les négociations entre Européens et Américains sur l’ouverture des liaisons aériennes.
«Dans l’ensemble, nous gardons l’esprit ouvert et nous ferons preuve de bonne volonté», résumait un responsable américain qui trouvait dans le nouveau gouvernement «un équilibre raisonnable» entre les différentes composantes de la gauche. Il relevait en particulier que les titulaires des portefeuilles les plus importants comme les Finances ou les Affaires étrangères «sont des pragmatiques».
Aux yeux des responsables américains, les deux dossiers-tests seront l’intégration européenne et surtout l’OTAN.
Ils ne craignent pas un blocage de l’élargissement de l’Alliance vers l’Est. Au contraire, affirme l’un d’eux, certains socialistes vont jusqu’à plaider pour l’intégration des pays baltes dans l’OTAN, «afin de les protéger de la Russie».
La réintégration de la France dans la structure militaire de l’OTAN, amorcée par Jacques Chirac puis gelée depuis plusieurs mois, apparaît plus problématique vue de Washington. Mais les analystes du département d’Etat relèvent que ce dossier était davantage sous le contrôle de la présidence française que du premier ministre ou du ministère des Affaires étrangères.


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