L’ancien ministre socialiste Henri Emmanuelli a souligné dès le départ que les socialistes étaient «pour la monnaie unique». Mais, a-t-il ajouté, ils refusent que «la France s’aligne sur l’intégrisme monétaire du président de la Bundesbank», Hans Lietmeyer, qui plaide pour un euro aussi fort que le mark et verrait d’un mauvais œil l’Italie faire partie des premiers élus en 1999.
Dans leur programme, les socialistes demandent que l’euro soit «la monnaie de toute l’Union européenne». Et rejettent l’idée «d’un euro surévalué par rapport au dollar et au yen», qui affaiblirait la compétitivité des entreprises européennes face aux concurrents américains et japonais.
Le leader socialiste Lionel Jospin va donc devoir lever un doute de taille, qui agite les marchés financiers depuis l’annonce de la victoire de la gauche.
Le nouveau gouvernement va-t-il s’en tenir strictement à l’objectif de déficits publics de 3% du PIB affiché par son prédécesseur, et théoriquement indispensable pour parvenir à la monnaie unique?
Ou bien va-t-il le laisser dériver de quelques décimales, voire plus, et tenter de rediscuter l’interprétation des critères de Maastricht avec ses partenaires, en particulier l’Allemagne?
Officiellement, le PS ne veut pas aggraver les déficits. Mais pour le moment, les déclarations des uns et des autres ne sont pas claires. Dans l’attente, les marchés financiers ont commencé dès lundi à mettre le franc sous pression, indiquant ainsi qu’ils sont prêts à faire payer cher tout dérapage des finances publiques françaises.
Dominique Strauss-Kahn, pressenti pour le ministère des Finances, affirmait il y a dix jours que si le déficit que les socialistes trouvent en arrivant aux affaires est de «3,2%» du PIB et non 3%, ils le laisseront en l’état et «négocieront» avec les partenaires européens.
Des économies partout
Mais lundi, le porte-parole du PS François Hollande a assuré que le gouvernement «ferait des économies partout» si nécessaire. Tout en ajoutant que l’on «pouvait faire la monnaie unique sans nouveau plan de rigueur, sans pour autant privatiser, sans pour autant augmenter les impôts».
Face à ces incertitudes, les marchés espèrent une clarification rapide. Lionel Jospin va devoir faire «une déclaration claire sur l’Union économique et monétaire face à l’opposition des communistes», a commenté Eric Chaney, économiste en chef de la banque Morgan Stanley à Paris.
La composition du gouvernement sera observée à la loupe. S’il devait inclure l’anti-Maastricht Jean-Pierre Chevènement, un dissident socialiste, ou un communiste, les marchés auraient des doutes sérieux sur l’avenir de l’euro et attaqueraient le franc, pronostiquent les analystes. En revanche, tous espèrent l’arrivée de l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, gage selon eux, de la réalisation de la monnaie unique.
Il reste que la gauche dispose aujourd’hui d’une marge de manœuvre un peu plus large qu’il y a quelques semaines sur l’euro, du fait des déboires de l’Allemagne, victime d’une dérive des déficits due à la montée du chômage.
Pour tenir l’objectif de l’euro, Bonn a décidé de réévaluer le stock d’or de la Banque centrale, mais la Bundesbank s’est publiquement opposée au projet du gouvernement qui relève, selon elle, du maquillage comptable.
Avec la crise de l’Allemagne, qui était jusqu’à présent le principal tenant de l’orthodoxie, le camp des partisans d’une interprétation «souple» des critères de Maastricht s’est renforcé et a encore gagné un partisan déclaré avec l’arrivée des socialistes français.
Mais tous ces pays restent sous la surveillance des marchés financiers. Qui accepteront peut-être une dérive de quelques décimales des déficits, mais certainement pas une remise en cause fondamentale de la politique de maîtrise des finances publiques liée à la monnaie unique européenne.


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