«L’objectif final, poursuit-il, est bien sûr, le retour à une société muti-ethnique».
Les villages sont situés de part et d’autre de la ligne qui sépare la Fédération croato-musulmane de la Republika Srpska (RS), l’entité des Serbes de Bosnie, au sud de Brcko. Ce port fluvial du nord de la Bosnie, frontalier avec la Croatie, est aujourd’hui l’un des points les plus sensibles du pays puisqu’il est revendiqué par les deux entités.
Trois de ces communes étaient à majorité musulmane avant la guerre, deux autres croates et la sixième serbe, mais des familles des autres communautés vivaient également dans chacune d’elles.
Les rues de ces villages meurtris par de longs mois de bombardements d’artillerie sont maintenant parsemées de tas de briques, de tuiles et de poutres destinées à la reconstruction.
Vives tensions
La communauté internationale, Nations Unies et Union européenne notamment, a commencé à financer un programme qui doit permettre de réparer 600 maisons, pour un coût de 4.000 dollars chacune, et plus de 200 hommes de la police internationale de l’ONU (IPTF) ont été chargés de veiller aux opérations.
Quelques réfugiés ont commencé à revenir, en particulier dans le village musulman de Brod et le village serbe de Gorni Dubravice, mais ils appartiennent tous aux ethnies majoritaires avant la guerre. L’avenir du projet, lorsque des familles appartenant aux communautés minoritaires reviendront, reste donc incertain.
Les tensions entre les trois communautés sont encore particulièrement vives dans la région de Brcko et le statut de cette ville, à majorité croato-musulmane avant la guerre puis tombée aux mains des Serbes de Bosnie en 1992 et théâtre d’une campagne de purification ethnique extrêmement violente, n’a pas encore été tranché.
Un arbitrage international doit décider de son sort en mars 1998, et chacune des deux entités se dit prête à reprendre les armes pour la conserver.
De nombreux Serbes vivant à Brcko affichent clairement leur refus de cohabiter avec les autres communautés. «Je ne dirai pas que je hais les musulmans parce que ce n’est pas vrai. Mais après toutes ces tueries, ce n’est pas possible de recommencer à vivre ensemble», affirme Ceca, un étudiant serbe.
«Il est impossible de vivre ensemble, renchérit un ancien officier de l’armée serbe bosniaque. J’ai perdu 75 pour cent de mes hommes pendant la guerre. Je ne veux plus vivre avec les Croates et les musulmans».
Même si le projet en cours dans ces villages réussit, il sera sans doute beaucoup plus difficile de faire revenir les Croates et les musulmans à Brcko même, car leurs maisons y sont maintenant occupées par des Serbes. Ces nouveaux habitants sont eux-mêmes des réfugiés venant d’autres régions de Bosnie, devenues croates ou musulmanes depuis la guerre.
Selon les chiffres de l’ONU, environ deux millions de personnes, soit près de la moitié de la population bosniaque, ont ainsi été déplacées à l’intérieur du pays ou se sont réfugiées à l’étranger.
«C’est comme un jeu de chaises musicales dans lequel il n’y aurait jamais assez de chaises», commente un officiel à Brcko. «Le problème est insoluble. Il y a trop de gens, et pas assez de place».


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