«1967 a été vécu comme un miracle divin, l’annonce des temps messianiques», explique le professeur Ehud Sprinzak, spécialiste des mouvements extrémistes à l’Université hébraïque de Jérusalem.
En conquérant la Cisjordanie, Israël a pris le contrôle par la force des armes «d’Eretz Israël», la terre d’Israël évoquée par la Bible, et les lieux saints comme le Mur de Lamentations dans la vieille ville de Jérusalem et le tombeau des Patriarches à Hébron.
«Hébron est plus important que Tel-Aviv», proclament les colons religieux. Une ferveur qui justifie le refus de la moindre concession territoriale aux Palestiniens, comme si les dizaines de siècles écoulés depuis les temps bibliques n’avaient été qu’une parenthèse.
Certains n’hésitent pas à passer à l’acte pour éliminer les «traîtres» qui veulent rendre les territoires et autres «terroristes arabes». Yigal Amir, l’assassin du premier ministre Yitzhak Rabin en 1995, et Baruch Goldstein, le colon qui avait tué 29 Palestiniens en 1994 à Hébron, ont proclamé avoir agi «au nom de la Torah» (la Bible).
Il en est de même pour les membres du réseau clandestin qui, dans les années 80, avaient commis plusieurs attentats sanglants contre des Palestiniens et voulaient détruire à l’explosif l’Esplanade des mosquées de Jérusalem afin d’y reconstruire le Temple juif.
Alors que jusqu’en 1967, la religion et le sionisme étaient plutôt séparés, les travaillistes au pouvoir ont fait le lit du nouveau messianisme. Après une courte période d’hésitation sur l’avenir des territoires fraîchement occupés, ils ont donné leur feu vert à la construction d’implantations en Cisjordanie et à une colonisation accélérée de la partie arabe de Jérusalem.
Tout a commencé le 11 avril 1968 lorsque le rabbin ultra-nationaliste Moshé Lévinger s’est installé avec une poignée de ses partisans dans un hôtel de Hébron. Mais le véritable boom de la colonisation s’est produit à partir de 1974 sous le premier gouvernement de Yitzhak Rabin, alors que Shimon Pérès, alors ministre de la Défense, poussait à la roue.
Regroupé au sein du «Gush Emounim» (le Bloc de la foi), les colons imposeront ensuite leur volonté en noyautant le Parti national religieux (PNR), une formation centriste qui a viré à l’extrême-droite en devenant le «parti des colons». Aujourd’hui, elle compte 9 députés et 2 ministres.
Les accords d’autonomie conclus en 1993 avec le chef de l’OLP Yasser Arafat , diabolisé depuis des décennies, ont remis en cause «l’œuvre divine» engagée. Pendant deux ans, les colons ont été le fer de lance, avec la bénédiction de leurs rabbins, d’une violente campagne anti-Rabin, que certains manifestants n’ont pas hésité à affubler d’un uniforme de SS sur des pancartes.
Dans son livre de mémoires, Yitzhak Rabin avait qualifié le Gush Emounim de «groupe sauvage, un cancer au sein de la démocratie israélienne qui s’accorde un mandat divin et impose la terreur dans les rues». Mais au pouvoir, il avait refusé de réprimer les colons extrémistes. La plupart des auteurs d’agressions ou même de meurtres de Palestiniens n’ont jamais été retrouvés ou ont été condamnés à des peines de prison modérées.
Lors des dernières élections, en mai 1996, l’extrême-droite religieuse a poursuivi son offensive en fournissant des troupes au Likoud, ainsi que le slogan: «Bibi (Benjamin Netanyahu) c’est bon pour les juifs», qui a fait mouche.
Pour le professeur Sprinzak, l’assassinat de Yitzhak Rabin a toutefois provoqué un «tel traumatisme que les plus extrémistes se retrouvent isolés». Mais, selon lui, le feu du nationalisme religieux «couve sous la cendre» et il suffirait d’une vague d’attentats palestiniens ou d’un important progrès du processus de paix pour le ranimer.


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