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Actualités - Chronologie

La Gauche hérite d'une économie assainie (photo)

PARIS, 3 Juin (Reuter). —Pour son retour aux affaires, la gauche va recueillir les fruits de l’assainissement économique réalisé en quatre ans par les gouvernements Balladur et Juppé, et tirer parti des efforts de rigueur engagés par la droite depuis la récession de 1993. De nombreux indicateurs économiques ont été remis à niveau. Exception majeure: le chômage dont l’endémie explique les retards au redémarrage de l’économie française tout autant que l’échec électoral de la majorité sortante.
C’est sur ce terrain assaini et dans un environnement international porteur que les socialistes et leurs alliés vont mettre en chantier leur programme qui, sans renier l’objectif de construction européenne—mais Lionel Jospin veut une Europe qui «respire plus large» — ouvre des portes nouvelles sur l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages.
Leur ambition est ainsi de lever dans l’opinion publique un espoir susceptible de réveiller enfin la consommation et de provoquer l’étincelle qui dégivrerait les rouages d’une machine économique en partie restaurée. Bref, déclencher ce «nouvel élan» précisément recherché par le président Jacques Chirac.
Pour 1997, le gouvernement sortant — mais aussi la Commission européenne et le FMI — a prévu une croissance d’au mois 2,3% du produit intérieur brut qui s’accélérerait à 2,8% l’an prochain.
Pour l’heure, cette croissance s’appuie avant tout sur le dynamisme des exportations, comme l’illustre l’excédent extérieur, déjà record en 1995 (98 milliards), qui a été porté à 122 milliards en 1996 et que le ministre Yves Galland a prévu à 135-145 milliards en 1997. De fait, le bon climat international génère une demande soutenue pour la France qui gagne des parts de marché et tire avantage, en compétitivité prix, du redressement du dollar, du sterling et de la lire.
Les entreprises françaises profitent de cette demande internationale et les industriels, dont les carnets de commande étrangers sont aujourd’hui bien garnis, font preuve d’optimisme pour les mois à venir, selon l’Insee.

Signaux de reprise

Mais ces excédents record mettent aussi en évidence la mollesse de la demande intérieure, qui se retrouve au niveau des importations.
Leur niveau s’étoffe cependant depuis quelques mois, tout comme s’allument des signaux de reprise. Ainsi, l’intérim, dont l’activité est souvent présentée comme un indicateur avancé de l’économie, est en reprise d’environ 10% depuis le début 1997.
De même, la dernière enquête de l’Insee montre une progression assez soutenue de l’activité manufacturière sur les trois derniers mois, selon les industriels qui disent aussi s’attendre, à titre personnel, à une bonne tenue de la production dans les mois à venir. Les chiffres de production industrielle de février et mars confirment la tendance.
Et même dans le BTP, secteur très sinistré, l’Insee constate un regain d’activité dont les entrepreneurs anticipent la poursuite au 2e trimestre. Enfin, dans les services marchands, principaux créateurs d’emploi, les patrons voient une reprise après une modération d’activité du 1er trimestre.
Les entreprises, dont l’exploitation s’est améliorée avec le tassement des coûts de production et dont le taux de marge se maintient à un haut niveau, n’ont cependant pas développé leurs investissements et ne prévoient guère de le faire.
L’explication ne tient évidemment pas dans le coût du crédit car les taux d’intérêt, supérieurs à 7% en mai 1995, à l’arrivée de Jacques Chirac à l’Elysée, ne sont plus aujourd’hui que d’environ 3,5% sur trois mois et de 5,85% sur 10 ans. La trésorerie des entreprises n’est pas non plus en cause, une récente enquête de l’Insee montrant que les sociétés ne sont plus que 12% à rencontrer des difficultés en la matière.
En fait, soulignent divers économistes, c’est la demande qui reste l’élément déterminant des décisions d’investissement. Et malgré le besoin de renouvellement des équipements, les dépenses nouvelles auront du mal à s’engager tant que la consommation sera à la traîne, comme en témoigne le taux d’utilisation des capacités de production, inférieur à sa valeur moyenne.
Le réveil général semble donc devoir venir de la consommation. Un temps bridée par le relèvement de 18,6% à 20,6% de la TVA à la mi-1995, elle a surtout été stimulée, de 1994 à 1996, par des mesures d’incitation du secteur automobile, que nul n’envisage actuellement de réactiver.
Aujourd’hui, malgré un rebond de 1,5% en avril, les achats de produits manufacturés ne sont que de 1,7% supérieurs à leur niveau d’il y a un an. Cet attentisme persistant, qui obscurcit l’horizon, se nourrit surtout des inquiétudes liées à l’emploi que reflète pareillement le bas moral des ménages.
Pour le 1er semestre 1997, l’Insee prévoit une amélioration du pouvoir d’achat de 1% grâce à la baisse des impôts et à la modération de l’inflation (+0,9% sur 12 mois en avril). Mais la consommation des ménages n’augmenterait que de 0,4% tandis que leur taux d’épargne remonterait à 13,0% de leur revenu contre 12,5% à la fin 1997.
L’abaissement d’un demi-point de la TVA, à 5%, sur les produits de première nécessité et le basculement de toutes les cotisations maladie vers une CSG élargie qu’ont promis les socialistes pourraient servir de déclic en libérant du pouvoir d’achat, ce que pourrait par la suite conforter un abaissement de la durée du travail à 35 heures sans perte de salaire.
Ce redémarrage de la consommation devrait redynamiser la production, donc l’emploi qui, après s’être stabilisé pendant près d’un an, est en légère reprise depuis le début 1997 alors même que les licenciements économiques sont en régression.
L’ampleur de la tâche demeure néanmoins colossale pour résorber le chômage qui, depuis l’élection du président Jacques Chirac, a augmenté de 368.000 personnes (au sens du BIT) malgré les divers plans mis en œuvre.
Aujourd’hui, le chômage touche 12,8% de la population active en France. La France se classe dans ce domaine parmi les derniers de l’Europe des Quinze, où le taux moyen est de 10,8%, et est le pays le plus durement frappé des membres du G7.
Reste l’Europe et le passage à la monnaie unique. Ici, la France apparaît au contraire comme l’un des meilleurs élèves de la classe derrière le Luxembourg et la Finlande. Mais ses déficits publics représentaient encore 4,2% du PIB en 1996 et le sacro-saint objectif de 3% requis pour la fin 1997 est loin d’être acquis malgré la soulte de France-Télécom.
Sur ce terrain, le socialistes, évoquant les possibles dérapages des comptes de la Sécurité sociale voire le risque de découvrir «un certain nombre de mines» (Laurent Fabius), ont annoncé un audit des finances publiques.
Ce préalable leur a permis jusqu’ici de rester assez évasifs sur le respect des critères de convergence. Leur succès de dimanche va maintenant les placer au pied du mur.
PARIS, 3 Juin (Reuter). —Pour son retour aux affaires, la gauche va recueillir les fruits de l’assainissement économique réalisé en quatre ans par les gouvernements Balladur et Juppé, et tirer parti des efforts de rigueur engagés par la droite depuis la récession de 1993. De nombreux indicateurs économiques ont été remis à niveau. Exception majeure: le chômage dont l’endémie explique les retards au redémarrage de l’économie française tout autant que l’échec électoral de la majorité sortante.C’est sur ce terrain assaini et dans un environnement international porteur que les socialistes et leurs alliés vont mettre en chantier leur programme qui, sans renier l’objectif de construction européenne—mais Lionel Jospin veut une Europe qui «respire plus large» — ouvre des portes nouvelles sur l’emploi et...