M. Tudjman, qui vient de fêter ses 75 ans, est candidat à un troisième mandat présidentiel après avoir remporté ce scrutin en 1990 et en 1992. Le gouvernement croate a fixé la date de l’élection présidentielle au 15 juin pour un mandat de cinq ans.
Son équipe médicale, composée notamment de médecins étrangers, avait indiqué dans un communiqué que sa «thérapie a été une réussite dans l’ensemble et celle-ci touche à sa fin». «Son état de santé est exceptionnellement bon (…) Le président peut sans aucune limite accomplir toutes ses obligations», selon les termes du communiqué.
L’annonce de la maladie de M. Tudjman, souffrant officiellement d’un ulcère à l’estomac et d’un cancer selon la presse américaine, avait suscité l’année dernière l’inquiétude des milieux politiques et diplomatiques à Zagreb pour la stabilité dans la région, notamment en Bosnie. Le président s’était en effet distingué comme un acteur clé du règlement du conflit dans les Balkans.
Or, ses apparitions plus limitées que par le passé contribuent à jeter un doute sur la véracité des progrès réalisés dans sa guérison. Celle-ci pourra être véritablement jugée lors de la campagne présidentielle, dont la durée ne dépendra pas uniquement des capacités physiques du président mais également du nombre et de la compétitivité de ses concurrents.
Le père de l’indépendance
Jusqu’à présent, M. Tudjman est l’unique candidat déclaré au scrutin présidentiel. Les principaux leaders des rares partis d’opposition, qui ont enregistré des scores médiocres lors des élections municipales et régionales du 13 avril et qui n’ont d’avenir qu’en se coalisant, n’ont pas encore fait connaître leurs candidats potentiels.
Donné gagnant à l’élection présidentielle par toute la presse croate, tant indépendante que celle contrôlée par le pouvoir, le père de l’indépendance, réputé pour sa susceptibilité, entend écarter tous les prétendants à son poste.
L’un d’eux, Stipe Mesic, dernier président de l’ex-Yougoslavie et vice-président du Parti des démocrates indépendants (HND), est actuellement dans la ligne de mire du pouvoir.
Accusé par la presse du régime d’avoir témoigné le 19 avril devant le Tribunal pénal international (TPI) à La Haye sur le rôle joué par la Croatie durant la guerre en Bosnie-Herzégovine, M. Mesic a fermement démenti ces allégations.
«Je n’ai jamais été à La Haye mais si le tribunal considère que je dois témoigner alors j’irai (…) Cette campagne a uniquement pour but de m’écarter de la compétition pour les élections», a déclaré M. Mesic au journal indépendant croate, le Feral Tribune.
Accusé de trahison par cette presse, M. Mesic, défenseur de l’unité bosniaque, a toujours dénoncé publiquement la volonté prêtée à Zagreb et Belgrade de s’entendre pour un partage de la Bosnie-Herzégovine.
Ces nouvelles accusations contre l’opposition interviennent dans un contexte où la rencontre prévue à Zagreb entre M. Tudjman et son homologue bosniaque Alija Izetbegovic a été de nouveau reportée, selon la présidence bosniaque pour des raisons d’organisation.
Pour le journal indépendant Novi List, l’affaire Mesic démontre que «la Croatie n’a pas besoin qu’on lui rappelle que la Bosnie a été et reste son péché oriental» — allusion aux visées territoriales supposées de la Croatie en Bosnie.


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