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Actualités - Chronologie

Festival de Cannes : non à la censure, vive les maîtres !

CANNES, 19 Mai (Reuter). — Le jury du 50e festival de Cannes a fait un pied de nez aux censeurs trop sourcilleux et a choisi d’honorer des valeurs sûres, au détriment d’une nouvelle vague d’acteurs/réalisateurs qui repartent bredouilles ou avec des lots de consolation.
La Palme d’Or du jubilé cannois échoit en effet au cinéaste iranien Abbas Kiarostami, pour «Le goût de la cerise» (Ta’m e Guilass), et au réalisateur japonais Shohei Imamura pour «L’anguille» (Unagi).
Le cinéaste égyptien Youssef Chahine se voit attribuer le Prix du Cinquantième-Cannes 1997 pour l’ensemble de son œuvre. Chahine présentait cette année «Le destin» (al-Massir), long métrage dont le personnage central est le philosophe Averroes.
La cérémonie de remise des prix était présidée par Jeanne Moreau, qui a rappelé que «Cannes constitue la dernière forteresse du cinéma et espérons qu’il nous renverra l’année prochaine une image plus lumineuse de nous-mêmes», a-t-elle dit, en référence implicite à la violence qui a marqué bon nombre d’œuvres de ce festival.
Le jury, de charme puisque présidé par Isabelle Adjani avec pour assesseurs Gong Li et Mira Sorvino, a donc anticipé les vœux de Jeanne Moreau pour la 51e édition du festival.
Shohei Imamura avait déjà reçu la Palme d’Or en 1983, pour «La ballade de Narayama». Né en 1926, tout comme Youssef Chahine, le cinéaste japonais a réalisé avec «L’anguille» une chronique truculente qui démarre comme un thriller et évolue comme une comédie de genre.

La vocation française

Il fait partie des rares cinéastes à avoir reçu deux fois la Palme d’Or, avec Emir Kurturica, Bille August et Francis Ford Coppola.
«Le réalisateur, M. Imamura, n’aurait jamais pu imaginer qu’il recevrait une distinction aussi remarquable et c’est la raison pour laquelle, un peu fatigué, il est déjà reparti au Japon», a déclaré l’acteur japonais Koji Yakusho.
«Moi, je suis l’acteur qui ai joué le rôle principal dans le film et c’est à sa place que je reçois ce prix avec une grande gratitude. Dès demain, je dois aller le retrouver au Japon, partager avec lui la joie de ce soir, et aussi partager cette joie avec l’anguille qui est maintenant dans son bureau et qui est devenue sa compagne à lui aussi», a ajouté Yakusho.
La sélection d’Abbas Kiarostami dans la compétition officielle a été incertaine jusqu’au dernier moment, le cinéaste s’étant vu d’abord refuser l’autorisation de montrer son film à Cannes. Ce n’est qu’assez tard que le festival a finalement annoncé son arrivée et le film n’a été projeté que vendredi dernier.
«Je suis très heureux; je n’arrive pas à y croire», a réagi le cinéaste d’«Au travers des oliviers», présenté à Cannes voici trois ans. Interrogé sur la signification des militaires dans son film, déambulation d’un personnage en quête de suicide, Kiarostami a répondu: «Les militaires sont la jeunesse, la vie, l’énergie».
En choisissant de centrer son intrigue autour d’Averroes et de la cour du calife de Cordoue au XIIe siècle, Chahine, le réalisateur de «La terre» et de «Le moineau» a renvoyé dos-à-dos tous les intégristes. Il avait déjà eu maille à partir avec eux mais aussi avec la censure pour «L’émigré» (1994).
«La France a eu la vocation de soutenir les réalisateurs et je la félicite», a déclaré le cinéaste égyptien, lors de la conférence de presse qui a suivi la remise des prix.
«C’est un espoir pour les générations futures (…). Les cinéastes ne sont pas aimés par les gouvernements; au lieu de nous étouffer, qu’ils nous laissent respirer un peu plus», a-t-il ajouté.

Déroute française

Cette dimension politique a été, plus indirectement, rappelée par Emmanuelle Béart, lors de la cérémonie. Celle-ci a une nouvelle fois lancé un appel en faveur des sans-papiers.
Quant à Wim Wenders, qui a décerné avec Françoise Arnoul, la Caméra d’Or à «Suzaku», premier film de la cinéaste japonaise Naomi Kawase, il a estimé que «plus que jamais, la caméra est devenue une arme contre la dispersion de la vérité et de la beauté mais aussi une arme tout court».
C’est la nouvelle génération qui aura été la grande perdante de ce festival. Johnny Depp («The Brave») repart bredouille, de même que Samantha Lang («Le puits»), tandis que Gary Oldman («Ne pas avaler») doit se contenter du prix d’interprétation féminine de Kathy Burke. Nick Cassavetes connaît le même traitement pour son deuxième film («She’s So Lovely»), avec un prix d’interprétation masculine pour Sean Penn.
«Welcome to Sarajevo», deuxième film du Britannique Michael Winterbottom, est lui aussi complètement ignoré.
En lui décernant le Grand Prix-Cannes 1997, le jury n’a pas voulu oublier le cinéaste canadien Atom Egoyan, venu à Cannes en 1994 pour présenter «Exotica», et louer vraisemblablement les qualités formelles de son film, déjà reconnues par le Prix de la Critique internationale (FIPRESCI).
La FIPRESCI a par ailleurs distingué «Voyage au début du monde», de Manuel de Oliveira — un autre grand ancien — pour les films hors compétition toutes sections du festival confondues.
Du côté français, hormis Manuel Poirier qui se voit attribuer le Prix du Jury pour «Western», c’est la déroute. Le jury n’a visiblement pas goûté les personnages sans âme d’«Assassin(s)» de Mathieu Kassovitz, ni la caméra subjective de Philippe Harel («La femme défendue»).
Il n’a pas davantage consacré le cinéaste autrichien Michael Haneke, auteur d’un «Funny Games» fort choquant où deux tueurs épouvantables s’amusent à torturer, physiquement et psychologiquement, une famille partie en voyage d’agrément, avant de la massacrer.
Sans oublier, pour le plus horrible des deux psychopathes, de prendre la salle à témoin de ses agissements, avec un humour douteux.
CANNES, 19 Mai (Reuter). — Le jury du 50e festival de Cannes a fait un pied de nez aux censeurs trop sourcilleux et a choisi d’honorer des valeurs sûres, au détriment d’une nouvelle vague d’acteurs/réalisateurs qui repartent bredouilles ou avec des lots de consolation.La Palme d’Or du jubilé cannois échoit en effet au cinéaste iranien Abbas Kiarostami, pour «Le goût de la cerise» (Ta’m e Guilass), et au réalisateur japonais Shohei Imamura pour «L’anguille» (Unagi).Le cinéaste égyptien Youssef Chahine se voit attribuer le Prix du Cinquantième-Cannes 1997 pour l’ensemble de son œuvre. Chahine présentait cette année «Le destin» (al-Massir), long métrage dont le personnage central est le philosophe Averroes.La cérémonie de remise des prix était présidée par Jeanne Moreau, qui a rappelé que «Cannes...