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Actualités - Opinion

Le pape et nous

Le samedi 26 mars 1983, à 13 heures, j’avais été reçu par le pape Jean-Paul II. C’était l’une de mes fréquentes visites au Vatican, souvent à la demande de présidents libanais.
Le pape ouvrit la lettre que je lui avais remise de la part de notre président. Celui-ci le remerciait pour sa sollicitude envers sa propre personne et envers notre pays.
J’ajoutais: «Nous vous prions, tous, de nous maintenir Votre paternel et précieux concours».
Je précisais, en ce qui me concerne: «Nous avons tous besoin de garantie pour l’avenir».
J’ajoutais que le besoin de garanties pour l’avenir avait la forme notamment d’une redéfinition du mandat de la force internationale, de la durée de sa présence, de ses possibilités d’aider l’Etat libanais à recouvrer tout son territoire, toute sa souveraineté, toutes ses responsabilités.
Le pape m’écoutait avec une attention de père vigilant, presque d’examinateur.
Il répéta parfois certaines de mes paroles, comme pour s’assurer de les avoir bien entendues.
Il me dit comme pour balayer, d’une phrase, tous les propos et tous les moyens utilisés contre le Liban, afin de justifier l’occupation de son territoire:
«Je connais votre drame. Votre pays est entouré par des voisins plus forts qui veulent s’emparer de ses droits... Il en a été ainsi pour la Pologne au cours de plus d’une étape de son histoire».
Je répétai:
«La tragédie que nous subissons, si elle persiste, ne s’arrêtera pas au Liban, c’est toute la région du Moyen-Orient qui peut en être bouleversée».

Je lui renouvelai toute ma reconnaissance. Les photographes de «l’Osservators Romano» furent introduits. J’avais, au début de l’audience, remis au pape un cadeau purement symbolique: un vase du IIIe siècle irisé par le sable, entre Tyr et Saïda. Sa Sainteté me remit un livre et une médaille, en ajoutant comme pour excuser la modicité du cadeau: «Le pape peut d’abord et surtout offrir ses prières... Le pape est pauvre...».

Je murmurai, pendant qu’on nous photographiait:
«Très Saint-Père, j’ai lu votre déclaration, à ce sujet, à André Frossard. Je suis bouleversé de Vous l’entendre le redire».
Combien toute l’audience avait duré? 20 minutes? Peut-être un peu plus. Mais limitée à l’essentiel, sans digression ni détail inutile, sous un regard d’une transparence et d’une profondeur inouïes, elle me semblait réellement avoir échappé au temps et à la durée.
C’est le même Jean-Paul II que je retrouvai au Liban en 1997, le même homme, le même saint.
Le samedi 26 mars 1983, à 13 heures, j’avais été reçu par le pape Jean-Paul II. C’était l’une de mes fréquentes visites au Vatican, souvent à la demande de présidents libanais.Le pape ouvrit la lettre que je lui avais remise de la part de notre président. Celui-ci le remerciait pour sa sollicitude envers sa propre personne et envers notre pays.J’ajoutais: «Nous vous prions, tous, de nous maintenir Votre paternel et précieux concours».Je précisais, en ce qui me concerne: «Nous avons tous besoin de garantie pour l’avenir».J’ajoutais que le besoin de garanties pour l’avenir avait la forme notamment d’une redéfinition du mandat de la force internationale, de la durée de sa présence, de ses possibilités d’aider l’Etat libanais à recouvrer tout son territoire, toute sa souveraineté, toutes ses...