«L’abstention est le risque le plus important de ces élections», a jugé l’ancien premier ministre gaulliste Edouard Balladur, alors que les sondages recensaient jusqu’à 38% d’indécis ou d’électeurs refusant d’annoncer leurs intentions de vote, et que les instituts tablaient dans leurs estimations sur quelque 30% d’abstentions.
Le premier ministre Alain Juppé a également tenté de mobiliser cet électorat apparemment peu convaincu par les arguments des candidats, auquel la prochaine majorité parlementaire devra nécessairement son élection, vu le faible écart séparant la droite de la gauche.
Chacun des grands camps totalise autour de 40% des intentions de vote; les instituts de sondage prédisent néanmoins une majorité de droite de plusieurs dizaines de sièges (alors qu’elle occupait les quatre cinquièmes des bancs de l’Assemblée sortante).
M. Juppé a affirmé qu’en s’abstenant, les électeurs couraient le risque de faire gagner la gauche, c’est-à-dire «recommencer le socialisme avec les communistes, avec les mêmes vieilles recettes».
De son côté le leader socialiste Lionel Jospin s’est efforcé de dissiper le «scepticisme» ambiant, qui, selon lui, «nourrit l’immobilité» voire le «conservatisme (qui) sert le pouvoir tel qu’il est».
Quatre semaines après l’annonce par le président Jacques Chirac d’éléctions anticipées, les Français semblent particulièrement peu passionnés par une campagne dont les commentateurs se sont attachés à souligner la fadeur. «Vide des discours, vide des programmes laissant craindre, bien sûr, un grand vide des bureaux de vote», a ironisé l’hebdomadaire «le Canard Enchaîné».
Ainsi quelque 40% des Français interrogés ont déclaré n’être «pas intéressés» par la campagne en cours, dans un sondage de l’institut BVA publié dans l’hebdomadaire «Paris-Match».
«La France boude», a donc pu titrer le grand hebdomadaire «l’Express», assurant que «rien ne peut la surprendre ni l’enthousiasmer dans cette campagne du déjà-dit et des déjà-vu».
Dépolitisation
inquiétante
La droite comme la gauche s’accusent d’ailleurs mutuellement de ne proposer aucun programme clair. M. Juppé assure que son adversaire socialiste Lionel Jospin n’a pas apporté «les vraies réponses aux vraies questions», alors que M. Jospin a lancé un «avis de recherche» du programme de la droite.
L’abstention inquiète d’autant plus qu’elle représente un phénomène en augmentation depuis près de dix ans. Les précédentes élections législatives, en 1993, ont été marquées par une abstention de 32%.
L’influent commentateur politique Alain Duhamel, remarquant que «la moitié des Français s’intéresse à la campagne, l’autre pas», a jugé que «cette évolution à l’américaine est redoutable, parce qu’elle prouve qu’à force d’inquiétudes sociales et d’insécurité psychologique, l’intégration politique des plus modestes, des plus vulnérables et des moins bien formés se désagrège par pans entiers».
Pour tenter de contrer cette tendance, les leaders politiques vont encore intensifier leur campagne et la fréquence de leurs apparitions publiques avant le premier tour du scrutin le 25 mai.
MM. Juppé et Jospin devaient multiplier les déplacements, les réunions publiques et les apparitions télévisées, avec en point d’orgue un grand meeting jeudi à Lyon (centre-est) pour la majorité conservatrice sortante et à Toulouse (sud-ouest), fief de M. Jospin, pour les socialistes.
Le président Jacques Chirac, enfin, interviendra probablement une nouvelle fois dans la campagne, à une date non précisée, lors d’un meeting ou d’une émission télévisée.


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