«La santé de l’économie se dégrade jour après jour, l’inflation galopante asphyxie davantage la population et les prix des biens de consommation montent sans cesse», a déclaré un économiste irakien, M. Human Al-Shama’a, en précisant que les statistiques officielles n’existaient plus désormais.
Un autre économiste irakien, parlant sous couvert de l’anonymat, estime que la distribution de vivres et de médicaments achetés avec les recettes du pétrole, conformément à la résolution 986 du Conseil de Sécurité, «aidera tout juste les Irakiens à survivre».
La distribution des produits de première nécessité «freinera une nouvelle détérioration de la situation économique et augmentera l’apport calorique pour ceux qui vivent dans une situation précaire», dit-il.
Mais, explique-t-il, «les prix ne baisseront pas, l’offre étant la même et la demande aussi».
«Nous avions espéré une reconstitution de notre pouvoir d’achat dès l’arrivée des premiers vivres, dit le propriétaire d’un supermarché à Bagdad. Mais nous avons réalisé que cela n’arriverait pas pour le moment, les produits alimentaires étant très limités et ne pouvant pas répondre aux demandes de la population».
L’économiste reconnaît que le cours du dinar s’est «provisoirement amélioré» avec l’arrivée des premières cargaisons de vivres en mars.
«Le dinar s’est alors redressé pour atteindre 1.000 dinars pour un dollar, mais il est vite retombé à 1.400 pour un dollar, les Irakiens ayant réalisé que les vivres ne répondaient pas à leurs besoins les plus élémentaires et ayant recommencé à se ruer sur le dollar», indique-t-il.
En vertu de la résolution 986, dite «pétrole contre nourriture», entrée en vigueur en décembre dernier, Bagdad est autorisé à exporter pour 2 milliards de dollars de pétrole par semestre pour l’achat de vivres et de médicaments, qui ont commencé à arriver en Irak le 20 mars.
Mais l’interruption depuis plus de six ans des ventes de brut a fait perdre à l’Irak quelque 150 milliards USD de recettes, selon Bagdad.
L’Irak était le troisième producteur de l’OPEP avec un quota de 3,14 millions de barils/jour avant 1990.
Selon M. Al-Shama’a, professeur d’économie à l’université de Bagdad, le «produit intérieur brut en Irak est actuellement le dixième de ce qu’il était en 1989, estimé alors à 40 milliards de dollars au taux de l’époque».
Le dinar irakien valait 3,4 USD avant l’invasion irakienne du Koweit en août 1990, depuis laquelle l’embargo international a été mis en place.
Avant la crise du Golfe, les ventes de brut représentaient plus de 95% des exportations de l’Irak et contribuaient à plus de 50% au PIB, indique M. Al-Shama’a.
Il souligne que le secteur industriel, qui dépend largement du brut et était en plein essor avant la guerre du Golfe, «a été sérieusement affecté par les sanctions économiques», les usines souffrant du manque de matières premières et de pièces détachées.
«L’industrie tourne actuellement à seulement 10% de sa capacité d’avant-guerre, ce qui a poussé les Irakiens à se tourner progressivement vers l’agriculture», a-t-il dit, précisant que la production de céréales a doublé à 3 millions de tonnes en 1996, contre 1,5 million avant 1990.
Le salaire mensuel moyen d’un fonctionnaire n’est que de 4.000 à 4.500 dinars, soit moins de 5 dollars au cours actuel.


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