Depuis 30 ou 40 ans, l’«OCDE», puis l’Union européenne se sont penchées sur la création d’emplois. De leur expérience est né un savoir-faire en la matière. Dans les pays développés, les adaptations à l’économie moderne, à l’éclatement des grands groupes industriels et à la décentralisation des marchés n’ont pas posé véritablement de graves problèmes, surtout dans les grandes agglomérations où des zones industrielles ont presque toujours existé. En Europe de l’Est, bien sûr, mais aussi dans d’autres vieux pays industrialisés où la régression rapide d’activités des secteurs primaire et secondaire a nécessité la mise en place d’une vaste opération de reconversion économique (durant les années 60, dans les mines) ont été reconstitués des tissus d’entreprises, forts, dynamiques et très localisés. Par contre, dans toutes les régions du monde où sont survenus des événements graves venant entraver la sécurité des biens et des personnes, ces réseaux d’entreprises ont été détruits. Ces tissus composés de multitudes d’entités sont difficiles à rétablir. Par ailleurs, le fait de créer des zones industrielles qui soient des concentrations d’activités d’un même secteur ne suffit pas à développer une synergie entre les entreprises. Il faut noter, par contre, les expériences connues en Italie, où des réseaux de plusieurs milliers d’entreprises ont été créés avec succès. Ces cités industrielles grouillent en effet de petites entreprises, toutes liées les unes aux autres et ayant des activités différentes, des corps de métiers différents, mais des clients communs qui sont d’ailleurs souvent des entreprises internationales que la globalisation du système a concentré sur la recherche et une partie de la production.
Cet aspect du monde économique et de son évolution est encourageant pour le Liban à condition d’adapter le système et de faire preuve d’innovation. Le système même de réseaux d’entreprises est en effet parfaitement adapté au Liban, ne serait-ce que parce qu’il réduit les besoins en aides publiques et développe l’initiative privée qui excelle au pays du cèdre. Afin de réaliser de façon optimale un véritable plan de reconstitution des entreprises libanaises et contrairement aux plans des Nations Unies ou de l’Union européenne, trop souvent mal adaptés aux mentalités de la région, la création d’une agence de développement libanaise indépendante serait, par exemple, souhaitable afin de rendre cohérentes des actions privées parfois mal canalisées.
Le développement d’un
réseau d’entreprises
au centre-ville
Dans le cadre de la reconstruction du centre-ville, un réseau d’entreprises doit être mis en place. Toutefois, en raison de l’importance de la charge foncière, il est difficile d’envisager un réel tissu industriel, à l’exception de certains secteurs de recherches. M. Jean-Paul Lebas, directeur général de «Solidere», dans un entretien accordé à «L’Orient-Le Jour» définit ce que pourrait être la pépinière d’entreprises du centre-ville de Beyrouth: «Poursuivant nos recherches de développement du centre-ville, nous avons considéré que parmi les secteurs d’activités dans lesquels les atouts libanais étaient très significatifs, le domaine des médias et de la communication était certainement celui qui présentait le moins de risque et devait être prioritaire». En effet, plusieurs études réalisées à travers le monde démontrent que 50% du PIB mondial devraient être réalisés par les domaines des médias, dans les prochaines années. Aussi, poursuit M. Lebas, «il a été prévu de constituer progressivement dans le centre-ville, un pôle d’excellence des médias qui rassemblerait les entreprises à plus forte valeur ajoutée potentielle. La première initiative de «Solidere» réside dans la réhabilitation du «Grand Théâtre»».Ainsi, ce lieu culte du centre-ville verra son théâtre italien rénové. Celui-ci sera adossé à une pépinière d’entreprises médiatiques et culturelles. Les conditions de location de ces locaux seront adaptées aux particularités des entreprises concernées. La flexibilité sera le maître-mot: baux précaires et surfaces extensibles seront adaptés aux besoins de chaque entreprise lors de son lancement. Les services mis en commun seront légion et des facilités de paiement pour les loyers pourront être étudiées.
Il faut noter que l’une des idées majeures qui a fait le succès de ce type de produits immobiliers dans les pays occidentaux consiste en effet à abaisser le «point mort» des entreprises en création et de croissance rapide en transformant une partie de leurs charges fixes en charges variables.
Gérard de HAUTEVILLE


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