Le Web s’est étendu un peu plus cette semaine avec l’inauguration du premier cybercafé de Palestine: l’établissement KM5 dans la ville autonome de Ramallah en Cisjordanie.
Le propriétaire, Majid Toutah, 33 ans, a installé quatre ordinateurs dans l’arrière-salle de son restaurant, pris un abonnement au serveur Internet local dirigé par son frère et ouvert les portes mardi de son établissement new-look.
«C’est un risque, mais lorsque j’ai ouvert mon restaurant en 1985, les gens m’avaient déjà dit que je prenais un risque parce qu’à l’époque, personne n’avait l’idée d’ouvrir un restaurant à Ramallah», confie-t-il.
Nevine Wahba, un enseignant déjà abonné chez lui à Internet, est un drogué du réseau. Il a voulu tester KM5.
«Je surfe deux heures par nuit sur Internet, pour regarder la mode, les arts, parler avec mes amis et participer à des groupes de discussion. Si je tombe sur quelque chose d’intéressant, je peux y rester jusqu’à trois heures du matin», dit-il.
Mais au café, cela peut lui coûter cher. L’heure est facturée 7 dollars US, le salaire quotidien moyen de beaucoup de Palestiniens.
Binan Qashou, un ingénieur informaticien, affirme qu’il pourra se brancher sur Internet à KM5 «une heure par semaine, au maximum». «Le mieux serait que j’ai assez d’argent pour acheter mon propre ordinateur», note-t-il.
Nevine Wahba a un motif principal pour passer son temps libre sur Internet: «l’ennui». C’est la même chose pour Binan Qashou: «L’Internet, c’est marrant et on peut y perdre vraiment beaucoup de temps».
Ramallah, à quelques kilomètres au nord de Jérusalem, est devenue le siège de beaucoup d’entreprises de services depuis qu’elle a accédé à l’autonomie en 1995. On peut y trouver des restaurants et des bars, et même une discothèque ouverte une fois par semaine, une exception dans les territoires occupés.
La plus animée — ou la moins ennuyeuse — des villes de Cisjordanie, Ramallah reste néanmoins une ville aux possibilités de divertissement limitées, d’autant plus qu’Israël interdit à ses habitants de se rendre à Jérusalem, notamment en soirée.
Et bien que le développement récent des classes moyennes y engendre une certaine ouverture d’esprit, les valeurs conservatrices prédominantes dans la société palestinienne font que certains habitants voient d’un mauvais œil la luxure de certains sites Web.
«La plupart des gens vont l’utiliser pour des études ou des groupes de discussion, mais on ne peut pas exclure que certains y recherchent des choses obscènes. C’est une affaire de choix personnel», assure Binan Qashou.


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