Un empire éclaté dont les splendeurs ont survécu loin de ses frontières... Aujourd’hui, le Métropolitain Museum of Art, à New York, a rassemblé une impressionnante sélection de ces richesses pour mettre sur pied une exposition intitulée «La Gloire de Byzance», qui se prolongera jusqu’au 6 juillet.
C’est plus précisément le second âge d’or de la civilisation byzantine (de la moitié du 9e siècle à la moitié du 13e) que le public est invité à découvrir. Une exploration de quatre siècles de créativité éblouissante (de veine séculière et religieuse) dont on ne finit pas d’admirer la profondeur des visions et les infinies subtilités de l’expression que dispense l’extraordinaire et lumineuse technique du «plat».
C’est qu’en plus, il y a beaucoup à voir dans cette exposition groupant 350 objets qu’on a été chercher (pendant quatre ans) dans 24 pays, dont la Turquie, la Russie, l’Ukraine, la Géorgie, la Hongrie, le Vatican, la Grèce, la Syrie, l’Egypte, la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Grande-Bretagne.
A noter que les trésors des monastères orthodoxes n’avaient jamais été prêtés, auparavant, à un pays étranger. Les envoyés du Métropolitan ont dû se rendre six fois au monastère de Sainte-Catherine, dans le Mont Sinaï, (où tous les jours ils assistaient à la messe à quatre heures du matin) pour convaincre les moines de faire voyager une série d’icônes. Celles-ci sont accrochées sur un même mur, à New York. Réalisées dans des tons rouges et ors incandescents, elles transcendent le hiératique et le lointain et sont l’un des clous de l’exposition.
Il y a aussi des fresques, des mosaïques, des ivoires sculptés, des soies brodées, des pierres précieuses gravées. Des objets séculiers et des objets religieux. Autant de témoins de cette civilisation byzantine qui a magnifiquement opéré la synthèse du mystique, de l’esthétique et des cultures avoisinantes qui ont été influencées par Constantinople et qui l’ont marquée, à leur tour.
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Un legs inestimable dont cette exposition donne la pleine mesure, de par son contenu et son ordonnance. Elle a été divisée en quatre parties bien nettes:
— le double rôle de l’Empire (un grand Etat politique, avec sa capitale Constantinople et le centre de l’orthodoxie) apparaît à travers des icônes, (musée d’Istanbul et église de Kastoria, Grèce), un frontispice d’un manuscrit de Saint Grégoire (monastère de Sainte-Catherine, Sinaï), des bracelets en or cloisonné (musée de Thessalonique).
— L’intéraction culturelle entre l’empire byzantine et ses voisins chrétiens immédiats et rivaux (interaction qui comprend la conversion des Slaves à la religion orthodoxe). Interaction évidente dans les œuvres prêtées à cette exposition par l’Ukraine, la Russie, la Bulgarie. Les plus spectaculaires étant la monumentale mosaïque de l’église Saint-Stephan, à Kiev, le collier Staraie Riazan du Kremlin, et le collier de la collection du Trésor de Preslav, (Bulgarie). Il y a aussi les manuscrits enluminés du monastère arménien melchite, à Venise.
— Deux manuscrits exceptionnels de la bibliothèque du musée de Topkapi donnent à voir la traduction en arabe de textes byzantins. Des soies tissées (provenant des églises de Sens et d’Auxerre, en France), un bol en cuivre à cloisonné doré, comportant des inscriptions arabes sont autant de preuves qu’il y a bien eu échange entre ces deux cultures.
— L’art byzantin s’est étendu à l’Europe de l’Ouest. Témoin le reliquaire de Saint Anasthase (placé dans un boitier en forme de coupole d’Eglise byzantine et provenant de l’Allemagne) et le tableau «La Vierge et l’Enfant» du peintre italien Berlinghiero, décédé en 1236.
Cette exposition met l’accent sur la virtuosité de l’art byzantin qui diffuse une puissante dynamique spirituelle. Une réalité qui rectifie une image de Byzance que donnait l’Occident latin: celle d’un vague royaume de contes de fées, figé dans son décorum d’enluminures et de dorures.
I.M.


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