C’est toutefois à partir de cette œuvre phare que l’aventure «gebranesque» d’Ursula Assaf s’est déclenchée. Alors qu’elle était encore en Allemagne, on lui offre une traduction du «Prophète». «Je venais de boucler un doctorat de «langues orientales et philosophie arabe», se souvient-elle. «La traduction avait été en allemand ancien, ce qui rendait la lecture de ce livre pénible. J’ai écrit à la maison d’édition suisse une lettre dans laquelle je leur exposais ma manière d’envisager la traduction de cette œuvre. On m’a répondu en me proposant d’adapter en langue allemande les autres ouvrages de Gebran».
Deux ans après son installation au Liban, Ursula Assaf s’attelle donc à la traduction «Des âmes rebelles» de l’arabe à l’allemand. Puis il y eu «Les ailes brisées», «Une larme et un sourire». Elle passe ensuite de l’anglais à l’allemand avec «Jesus Son of Man» (Jésus, Fils de l’Homme) et «The earth’s gods» (Les dieux de la terre). «Je préfère travailler sur la version originale, qu’elle soit arabe ou anglaise», indique Mme Assaf. Suite avec «Invention et insolite», «Les tempêtes» et «The forerunner» (Le précurseur). «Qui est en fait le premier livre en anglais de Gebran. Il l’a écrit vers 1920».
En mars dernier, Ursula Assaf a publié une anthologie des textes en prose et en vers de l’auteur du Prophète. Un ouvrage exhaustif intitulé «Derrière le voile de la nuit brille la lumière» qu’elle a mis un an à rassembler. Aujourd’hui, elle apporte la dernière touche à la version allemande d’une biographie de Gebran, «L’expérience intérieure», due à la plume de Jean-Pierre Dahdah. Cette traduction paraîtra en octobre aux Editions Walter, Suisse.
Gebran Khalil Gebran est, sans nul doute, l’écrivain libanais le plus traduit dans le monde. L’auteur du Prophète, œuvre universelle, est aussi apprécié aux Etats-Unis qu’en Grande-Bretagne ou en Allemagne. «Dans mon pays d’origine, Gebran est très lu. Peut-être plus qu’au Liban», assure Ursula Assaf. «Des passages du Prophète sont souvent cités à l’occasion de mariages ou de baptêmes. Cela est sans doute dû à l’attrait des Allemands pour tout ce qui est méditéranéen et oriental», explique-t-elle. «D’ailleurs, il existe de nombreux exemples d’échanges entre littérature allemande et orientale. Goethe s’est inspiré des poètes persans pour son œuvre «Le divan entre l’Est et l’Ouest». Idem pour Friedrich Rueckert, un poète du XVIIIe. D’autre part, on peut dire que Gebran Khalil Gebran a été marqué d’une certaine façon par la vision «nietzschéenne» du Surhomme. «Ainsi par la Zarathoustra» a été un livre-révélation pour Gebran. On retrouve ce concept du Surhomme, mais dans sa version spiritualisée, dans «Jésus, Fils de l’Homme».
En «côtoyant» Gebran Khalil Gebran durant tant d’années, Ursula Assaf a pu relever deux constantes dans son œuvre. «Il a commencé par écrire en arabe, pour un lectorat oriental. Dans les œuvres de cette période, qui va de 1910 à peu près à 1920, il s’insurge contre toutes les formes de joug et de dépendance. Il milite pour la libération de l’homme de toutes les institutions cléricales ou féodales. A partir de 1920, il s’adresse en anglais à un lectorat occidental auquel il veut faire connaître la spiritualité et le mysticisme de sa terre natale, Becharré».
Un objectif parfaitement atteint, puisqu’aujourd’hui, des décennies après sa mort, on continue à le lire et à le traduire aux quatre coins de la planète. «La pérennité de ses écrits est due au langage «biblique» dont notre civilisation technologique a soif», conclut Ursula Assaf.
Zéna ZALZAL


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