A l’abri de la tourmente qui a secoué les Tories sur l’Europe, moins questionné que son adversaire conservateur John Major, M. Blair a pu souffler le chaud et le froid et cultiver un certain flou sur ses intentions européennes.
Grâce à une majorité plus large que lui prédisent les sondages et à la relative unité de son parti, M. Blair devrait avoir plus de libertés que M. Major dans ses relations avec l’UE.
«L’ironie de la vie politique britannique, c’est que tous les leaders sont pro-européens, mais la situation politique actuelle donne un pouvoir disproportionné aux eurosceptiques», a estimé un porte-parole du Mouvement européen.
«Il se peut que cela ne soit plus le cas après les élections», a ajouté le porte-parole de cette organisation militante de l’intégration européenne.
Tout risque de se jouer sur la taille de la majorité du nouveau gouvernement, et des marges de manœuvre dont le nouveau premier ministre disposera vis-à-vis de la frange eurosceptique de son parti.
«Le plus important, c’est de savoir si le gouvernement, quel qu’il soit, aura une majorité confortable et ne sera pas l’otage des eurosceptiques», juge un diplomate européen basé à Londres.
L’aile eurosceptique du Labour est pour l’instant silencieuse, mais elle pourrait compter plusieurs dizaines de députés dans la Chambre des Communes qui sortira des élections du 1er mai.
Au cours de sa campagne électorale, M. Blair s’est surtout préoccupé de l’opinion publique britannique, réputée anti-européenne. Et il a pu à loisir mettre en avant les «intérêts nationaux britanniques» ou proclamer dans la presse populaire l’émotion que lui procure l’effigie de la reine sur un billet de banque anglais.
«Le Labour doit prendre ses distances avec les conservateurs, mais il ne veut pas non plus éloigner les électeurs eurosceptiques», explique Neil Gavin, spécialiste des questions européennes à l’université de Liverpool.
La lecture des programmes gouvernementaux des deux partis laisse perplexe. L’arrivée de M. Blair au 10 Downing Street ne sera pas forcément synonyme d’un déblocage des grands dossiers européens, et en premier lieu de la conférence intergouvernementale qui vise à réformer les institutions de l’UE et doit s’achever en juin au sommet d’Amsterdam.
M. Blair apparaît intraitable sur la justice et les affaires intérieures, la défense et la sécurité, la fiscalité et le budget. Sur tous ces sujets, pas question d’abandonner le veto britannique, c’est-à-dire d’accepter un élargissement des votes à la majorité dans les conseils européens.
Les travaillistes concèdent quelques souplesses dans des domaines secondaires, tels que l’industrie, le social et l’environnement. Mais, selon les experts, ils restent très éloignés des idées de l’actuelle présidence néerlandaise de l’UE, ou du couple franco-allemand.
Sur la monnaie unique, à quelques nuances près, les deux parties font cause commune. Il est bien improbable que le Royaume-Uni se jette dans l’Union monétaire, surtout dès le 1er janvier 1999.
Seul geste de bonne volonté à attendre, la signature du chapitre social du traité de Maastricht. M. Blair a déjà prévenu qu’un gouvernement New Labour s’en servirait pour promouvoir la flexibilité des marchés du travail et les réformes libérales à la Britannique.
Quoi qu’il en soit, les «Quatorze» s’apprêtent à accueillir M. Blair à bras ouverts, au cours d’un sommet européen extraordinaire, le 23 mai à Maastricht. «Ce pourrait être un coup de couteau dans le dos», juge un diplomate européen. Blair sera trop surveillé, sans marges de manœuvre, et risque de payer le soutien nouvellement acquis d’une partie de la presse, largement anti-européenne.


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