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Actualités - Chronologie

John Major, bête noire des éleveurs britanniques (photo)

WOODBURY SALTERTON (Angleterre), 24 Avril (Reuter). — Au milieu de ce coin perdu de la campagne anglaise se dresse un entrepôt. Il contient une montagne de poudre épaisse brune — en fait, tout ce qui reste de plusieurs milliers de bovins incinérés et pulvérisés.
L’élevage bovin britannique n’est pas sorti de la crise, et le scandale de la «vache folle» pourrait bien réduire en poussière les espoirs électoraux de John Major dans cette campagne du sud-ouest de l’Angleterre, traditionnellement conservatrice, mais aujourd’hui sinistrée.
Dans la petite ville de Newton Abbot, le marché aux bestiaux, une fois par semaine, est une institution. Depuis toujours, en tout cas depuis au moins sept siècles. Mais cette année, les éleveurs sortent d’une période de vaches maigres.
«Ce fut la plus dure année de ma vie. C’est tout simplement impossible de joindre les deux bouts», se lamente John Reddaway, éleveur. «Les fermiers ici n’ont jamais été autant en colère».
Dans ces comtés ruraux du Devon et de Cornouailles, au sud-ouest de l’Angleterre, principale région d’élevage de vaches laitières et de boucherie, les agriculteurs ont deux «bêtes noires»: l’Union européenne et John Major.
«Major nous a abandonnés, mais c’est l’Europe qui a interdit notre bœuf. Les conservateurs ne se sont pas battus pour nous comme ils auraient dû le faire», martèle Reddaway.
Qui, de l’UE ou de Major, porte la plus lourde responsabilité dans les malheurs des éleveurs anglais? De la réponse à cette question dépendra la victoire électorale du premier ministre sortant dans les comtés ruraux.
La crise de la vache folle a éclaté en mars 1996, lorsque les autorités britanniques ont reconnu la possibilité d’une transmission à l’homme de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB).

Douglas Hogg n’est
pas en odeur
de sainteté

L’annonce que les tranches de rosbif pourraient transmettre à l’homme l’agent infectieux responsable de la maladie de Creutzfeld-Jakob, affection neurodégénérative gravissime et à ce jour incurable, a provoqué une vaste psychose chez les consommateurs, doublée d’une crise économique et diplomatique sans précédent.
Placée sous embargo par la Commission européenne, la viande bovine britannique fut interdite d’exportation, et les efforts du ministre de l’Agriculture, Douglas Hogg, pour assouplir la position des ses 14 homologues européens n’ont eu que de faibles résultats.
D’où l’ire des éleveurs du Royaume-Uni, qui ne décolèrent pas. Du jour au lendemain, leurs ventes et leurs revenus se sont effondrés.
Pour éradiquer l’ESB, nombre d’entre eux ont été contraints à abattre leur cheptel, dont les dépouilles, dans l’attente d’être incinérées, s’entassent dans des entrepôts disséminés dans la campagne.
Dans un tel contexte, pas étonnant que Douglas Hogg ne soit pas ici en odeur de sainteté. «La plupart des fermiers veulent son départ, il n’y a aucun doute là-dessus, et ils vont voter en conséquence», affirme Ian Pettyfer, président pour le Devon du tout puissant Syndicat national des agriculteurs (NFU).
A la décharge des conservateurs, la gestion de cet épineux dossier par John Major a été plus que maladroite. Pour sa défense, le premier ministre, qui a toujours apporté son soutien à Douglas Hogg, n’a rien imaginé de mieux que de rejeter la responsabilité de la crise sur l’UE.
En outre, les agriculteurs n’oublient pas que, pendant des années, des ministres et de hauts responsables ont formellement nié tout lien entre l’ESB et la maladie de Creutzfeld-Jakob.
Mais le pouvoir conservateur n’a pas le monopole de l’irresponsabilité et de l’inconscience. De nombreux éleveurs se déclarent ainsi convaincus, et le proclament par de larges inscriptions sur leurs camions, que le bœuf britannique est sain, et qu’ils «en mangent en toute confiance».

Tories des villes,
Lib-Dems des champs

Il n’y a rien de cynique dans un ton aussi péremptoire. «La dernière chose que nous voulons, c’est de produire du bœuf en sachant que nous empoisonnons les gens», confie ainsi Pettyfer.
Le Parti conservateur, traditionnellement la première formation politique dans cette région agricole, y a été talonné par les libéraux-démocrates de Paddy Ashdown lors du dernier scrutin, en 1992.
En 1997, il suffirait qu’un faible nombre d’inscrits vire de bord et se prononce pour les «Lib-Dems» pour que ces derniers emportent plusieurs sièges. C’est pourquoi le vote des éleveurs est ici observé avec la plus grande attention par les commentateurs politiques.
La gestion calamiteuse de la crise de la «vache folle» par les Tories a provoqué un électrochoc au sein du monde agricole. De plus en plus, le parti de John Major est considéré comme le parti des villes, celui de Paddy Ashdown comme celui des campagnes.
Mais le Parti libéral-démocrate est également, et de loin, le plus européen des trois principaux partis britanniques. Les Tories le savent, et espèrent bien que ceci limitera leurs déconvenues électorales en terre agricole.
Eurosceptiques, les agriculteurs? Pas forcément, avancent les libéraux-démocrates. «Les éleveurs estiment avant tout que la guerre civile menée par les conservateurs contre l’Europe sera dommageable à leur activité», explique Paul Tyler, député libéral-démocrate des Cornouailles.
Faisant campagne dans le Devon, Major a tenté de rattraper le terrain perdu en se livrant à une surenchère européenne. Il a ainsi exhorté les autres membres de l’UE à commencer par faire le ménage chez eux, en clair à améliorer leur propre filière bovine.
Pendant que les hommes politiques font campagne, les éleveurs tentent de survivre. «Si demain on me retire mes subventions, je ne pourrais même plus me serrer la ceinture, parce que je n’aurai plus de ceinture», confie Pettyfer. «J’abandonnerai l’élevage».
WOODBURY SALTERTON (Angleterre), 24 Avril (Reuter). — Au milieu de ce coin perdu de la campagne anglaise se dresse un entrepôt. Il contient une montagne de poudre épaisse brune — en fait, tout ce qui reste de plusieurs milliers de bovins incinérés et pulvérisés.L’élevage bovin britannique n’est pas sorti de la crise, et le scandale de la «vache folle» pourrait bien réduire en poussière les espoirs électoraux de John Major dans cette campagne du sud-ouest de l’Angleterre, traditionnellement conservatrice, mais aujourd’hui sinistrée.Dans la petite ville de Newton Abbot, le marché aux bestiaux, une fois par semaine, est une institution. Depuis toujours, en tout cas depuis au moins sept siècles. Mais cette année, les éleveurs sortent d’une période de vaches maigres.«Ce fut la plus dure année de ma vie....