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Actualités - Reportage

Printemps palestinien en France Sous le signe du peptimisme (photos)

PARIS. — De Mirèse AKAR

Les écrivains japonais sont venus en force au dernier salon du livre dont leur pays était l’invité d’honneur. Et un Centre culturel japonais à l’architecture étonnante doit ouvrir ses portes à Paris en septembre prochain. On entend donc proclamer partout qu’en France, l’année 1997 est japonaise. Oui, mais depuis le mois de mars et jusqu’en juin, le printemps, lui, est bel et bien palestinien. Et cela de la façon la plus officielle puisque conjointement organisé par l’AFAA (Association française d’action artistique) et l’Institut du monde arabe, avec le soutien de deux ministères — ceux des Affaires étrangères et de la Culture — ainsi que de celui de la Culture de l’Autorité palestinienne.

Un panorama complet

L’événement est de taille, et présenté comme une première mondiale. Nulle part, en effet, n’avait-on encore vu tant de manifestations diverses — expositions de peinture, de broderies, de kilims, de photos, rétrospective cinématographique, colloques, représentations théâtrales, soirées de chants sacrés, de chants villageois, de danses populaires... — accueillis dans autant de lieux différents, à Paris et en province — de Dunkerque à Strasbourg, en passant par Arles, Aubagne, Marseille, Belfort, Grenoble... — offrir un panorama aussi complet d’une culture qui attend pareille reconnaissance depuis de longues décennies. Il n’est même pas besoin de préciser que tous ceux qui en sont parties prenantes ne se sentent plus. De l’amertume et du pessimisme, les voilà passés, dirait-on, au «peptimisme», état d’âme joliment défini par un astucieux mot-valise que forgea naguère un des leurs, le romancier Emile Habibi. De là à nourrir l’espoir d’une seconde Nahda...
Les Belles étrangères — un titre emprunté à Aragon — sera au mois de mai, sous l’égide du Centre national du livre, un des temps forts de cette saison palestinienne avec la présence de douze écrivains et poètes qui entreprendront une tournée de débats et de lectures publiques à travers la France et la Belgique. Des écrivains qui s’interrogeront sur la relation complexe et douloureuse entre exil et patrie, sur une culture et une identité écartelées entre deux problématiques: celle de l’Histoire d’une part et du temps présent de l’autre. Mahmoud Darwish, dont un livre d’entretiens éclairants, «La Palestine comme métaphore», vient de paraître chez Actes Sud, figure un peu leur porte-drapeau et dit mieux que quiconque leur besoin de «rendre à la littérature tous ses droits et de répondre aux exigences de la moderntié. Si dur que puisse être l’état de siège.»

Résistance et style
international

En attendant, c’est une exposition collective de neuf artistes contemporains qui a donné le coup d’envoi de la saison à l’IMA. Si certains de ces artistes ont préféré s’exiler, à Paris, à Londres ou aux Etats-Unis, d’autres ont choisi de continuer à vivre sur leur terre natale. Mais devinerait-on leur lieu de résidence à voir seulement leurs œuvres, et sans lire leurs notices biographiques? Tel peut fort bien adopter un style pictural «international» en étant au cœur du siège évoqué par Darwish, et tel autre faire de la résistance en habitant les beaux quartiers d’une capitale étrangère.
Ainsi, l’installation d’une longue théorie de chaussures signée Khalil Rabah (qui vit à Ramallah après des études au Texas, il est vrai) peut-elle paraître aussi «américaine» que la quête, dans des toiles abstraites, d’une sorte de Nombre d’Or par Kamal Boullata (qui, lui, est installé à Paris). Peintre matiériste comme il en est partout, Souleiman Mansour rappelle néanmoins qu’il vit à Jérusalem par une installation faite de gros cailloux entourant un gisant. Si Jumana el-Husseini joue de manière assez convenue, et comme bien d’autres artistes du Proche-Orient, des pleins et déliés de la calligraphie arabe, Laïla Shawa, plus offensive, a opté quant à elle pour des toiles-manifestes explorant les possibilités esthétiques des graffiti qui témoignèrent, sur les murs de Gaza, des péripéties de l’Intifada.
Nasser Soumi (qui vit lui aussi à Paris) est l’auteur de l’œuvre la plus spectaculaire de l’exposition: un «Hommage à Naplouse» sous la forme d’un cube de bois géant dont les côtés en plan incliné invitent à l’escalade . Les visiteurs qui les gravissent découvrent tout au fond du cube de petits savons évidés contenant de l’huile où brûle une mèche qui perpétue un rite de l’époque cananéenne.
Mais c’est à Mona Hatoum, londonienne d’adoption, que revient la palme de l’originalité pour une installation montrée l’an dernier à la galerie Anadiel, à Jérusalem, et où l’on retrouve encore ces savons à l’huile d’olive de Naplouse, aussi réputés que ceux de Marseille. Il en a fallu deux cent dix-huit — achetés directement à l’usine où l’artiste assure n’avoir pas obtenu de réduction! — pour former, alignés côte à côte sur le sol, un tapis rectangulaire piqueté de perles rouges qui dessinent cette sorte d’archipel créé par les accords d’Oslo: deux cents îlots entourés de barrages militaires, de routes stratégiques et de colonies de peuplement. On fait remarquer à Mona Hatoum que quelques seaux d’eau suffiraient à dissoudre l’ensemble. Une telle perspective la met en joie. Elle n’y avait pas pensé: voilà qui dissoudrait du même coup les frontières et donnerait à son œuvre force de symbole.
PARIS. — De Mirèse AKARLes écrivains japonais sont venus en force au dernier salon du livre dont leur pays était l’invité d’honneur. Et un Centre culturel japonais à l’architecture étonnante doit ouvrir ses portes à Paris en septembre prochain. On entend donc proclamer partout qu’en France, l’année 1997 est japonaise. Oui, mais depuis le mois de mars et jusqu’en juin, le printemps, lui, est bel et bien palestinien. Et cela de la façon la plus officielle puisque conjointement organisé par l’AFAA (Association française d’action artistique) et l’Institut du monde arabe, avec le soutien de deux ministères — ceux des Affaires étrangères et de la Culture — ainsi que de celui de la Culture de l’Autorité palestinienne.Un panorama completL’événement est de taille, et présenté comme une première...