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Actualités - Reportage

Quatre vingt demeures anciennes sauvées Amchit : premier au classement (photos)

Le vieux Amchit — quelque 80 édifices — est désormais classé. Autour de la zone protégée, les normes de construction deviennent strictes. Amchit est la seule localité classée «monument historique» ou si l’on préfère «patrimoine architectural» au cinquième de sa superficie. Petite histoire d’un cheminement.
A mi-chemin sur l’autostrade qui relie Beyrouth à la capitale du Nord, la pancarte qui indique «Amchit» pique un peu du nez. Le village va du bord de mer puis grimpe la colline jusqu’à 160 mètres d’altitude. Quand on quitte la route principale — qui cisaille Amchit comme un couperet—, il n’y a pas une impasse qui ne porte dans ses murs aux belles pierres blanches une part de l’histoire architecturale de la région. Les maisons, dont l’architecture est un mélange de style ottoman et vénitien, datent pour la plupart de fin XVIIIe, début XIXe. Quant aux églises, elles sont du VIe, du Xe et du XIe siècles. Au détour d’une ruelle ou au haut d’un vieil escalier, les bâtisses se dressent. Qu’elles soient en piteux état ou restaurées de neuf, elles figurent une identique appartenance à une même histoire. Les mandalouns, ces fenêtres jumelées, tantôt fleuries tantôt dénudées, évoquent immanquablement les belles d’antan qui s’y cloutaient comme des icônes. Les cours intérieures, qui rappellent par leur disposition les patios du palais de Beiteddine, sont ici couvertes. La lumière s’y diffuse à travers des rosaces lunaires.
Un nuage de poussière blanchâtre monte de derrière un muret: les maçons travaillent à la restauration d’une façade ou d’une arcade... ici, la tradition c’est également la conservation. Plus loin, un très vieux micocoulier jouxte un escalier de pierre. La végétation est luxuriante à Amchit. Dattiers, néfliers et plantes exotiques prolifèrent dans cette région humide.

Classement

A l’instar de nombreux villages libanais, Amchit a subi l’anarchie urbanistique et architecturale pendant les années de guerre et même après. Malgré cela, il a réussi à conserver le cachet d’un village libanais typique.
C’est en 1991 que, conscients de la richesse de l’environnement, quelques amchiotes prennent leur bâton de pèlerin et se donnent pour mission de convaincre les habitants de la nécessité de classer le village, tout au moins la partie ancienne pratiquement intacte de tout bétonnage.
Bassam Lahoud, architecte-urbaniste-restaurateur, amchiote depuis des générations, indique qu’à l’occasion d’une rencontre avec Camille Asmar, directeur de la DGA (direction générale des antiquités), «il y a quelques années de cela, j’ai abordé le problème de la classification d’Amchit, puisque cela relève de son département. Il m’a dit alors qu’on ne pouvait classer une zone que s’il y avait un certain nombre de bâtiments eux-mêmes classés». Qu’à cela ne tienne.
Le village ne comprenait pas plus de cinq maisons protégées. Bassam Lahoud se charge de convaincre les habitants, en réhabilitant le classement. «Pour bien faire, il fallait commencer par mon père et notre maison. Lui expliquer l’importance d’une pareille démarche. Dans les caves de notre demeure, il y a une crypte du IIIe siècle, une synagogue du XIe et vers le jardin des constructions chiites du XIVe» raconte Lahoud. «Nous avons réussi en l’espace de six mois et grâce à la coopération de la DGA à faire classer une quinzaine de domaines, maisons et jardins. Mais on était loin du compte». En effet, il faut au moins le double de bâtisses classées pour pouvoir englober toute une zone. «Par ailleurs, Amchit possède 24 églises, toutes anciennes. Toujours sous la houlette de la DGA, nous avons pris la décision de les protéger. Nous en étions à 39 classements». Enfin, c’était au tour des quartiers de tomber. «Cela pour éviter que des plans d’urbanisme ne fassent n’importe quoi, notamment avec de nouveaux tracés de routes».

Extension

En 1992, 80 édifices se voient «mis sous scellé». La DGA demande alors à l’architecte un tracé délimitant la zone de concentration des «classés». «Cette carte, je l’avais sur mon bureau depuis des années» raconte Lahoud. Une deuxième zone, déterminée par un groupe de travail, est venue encercler le vieux Amchit. «La municipalité a été plutôt réticente ne comprenant pas la nécessité de protéger quelques vieilles «bicoques»» raconte Bassam Lahoud.
Cependant, en 1994, la DGA adopte les deux zones et demande à la direction de l’urbanisme une étude de croissance. «Le plan, effectué par un bureau d’architectes et remis à la direction de l’urbanisme, attend toujours d’être signé» souligne encore Bassam Lahoud. Ce projet prévoit un développement pour chacune des zones. «Il respecte les constructions dans la zone historique: deux étages; extérieurs en pierre ou placage à 80%; aucun étage de rajout; réévaluation des pourcentages de construction; extension des espaces verts, des parcs ou jardins publics et des parkings».
Quant à la ceinture de protection, il est prévu qu’elle sera plantée de villas (60% de pierre, pas de pilotis ni d’étage supplémentaire) et de constructions de trois étages maximum. elle devra assurer de plus un important espace vert, puisque les pourcentages de construction au sol sont revus à la baisse.
Une nouvelle étude a été lancée pour le reste d’Amchit, soit les 80% du village, y compris la superbe plage. «En fait, cette étude urbanistique aura pour objet le système routier. Il faut que celui-ci soit adapté au village et non pas qu’il vienne saucissonner les espaces et morceler les propriétés» dit Bassam Lahoud.
«Ma motivation? J’ai le devoir de transmettre aux générations futures ce que j’ai hérité de mes aïeux. C’est une obligation morale. Je ne suis que le dépositaire d’un trésor qui ne m’appartient pas» conclut-il.

Aline GEMAYEL
Le vieux Amchit — quelque 80 édifices — est désormais classé. Autour de la zone protégée, les normes de construction deviennent strictes. Amchit est la seule localité classée «monument historique» ou si l’on préfère «patrimoine architectural» au cinquième de sa superficie. Petite histoire d’un cheminement.A mi-chemin sur l’autostrade qui relie Beyrouth à la capitale du Nord, la pancarte qui indique «Amchit» pique un peu du nez. Le village va du bord de mer puis grimpe la colline jusqu’à 160 mètres d’altitude. Quand on quitte la route principale — qui cisaille Amchit comme un couperet—, il n’y a pas une impasse qui ne porte dans ses murs aux belles pierres blanches une part de l’histoire architecturale de la région. Les maisons, dont l’architecture est un mélange de style ottoman et vénitien,...