«Notre avenir se perd au fil des années. La paix, qui nous a été promise, se révèle une chimère», déclare, déçu, Mohamed, un habitant de Chouafat, un camp de réfugiés de Jérusalem-Est.
Accompagné de ses trois petits-fils, ce sexagénaire prend en exemple le sort de Jérusalem où il était venu pour la prière d’al-Adha à la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu de l’islam.
«Jérusalem est avalée par Israël et nous attendons en vain que les Israéliens fassent un geste. Il ne viendra jamais, car nous avons signé notre capitulation avec les accords d’Oslo» de 1993, dit-il.
Les quelque 8.000 fidèles rassemblés sur l’Esplanade des Mosquées dans la vieille ville de Jérusalem ont prié, avant de se disperser, dans le calme. Des policiers et des militaires israéliens étaient postés discrètement aux entrées de l’Esplanade.
«Nous sommes en colère, mais en silence», lance Khaled, 20 ans. Entouré d’un groupe de jeunes, il a entonné «Allah Akbar» (Dieu est le plus grand), un slogan aussitôt repris en chœur par la foule à l’approche de quelques policiers, à la porte des Lions.
«N’eût été le bouclage imposé à la Cisjordanie, pas moins de 20.000 Palestiniens se seraient rassemblés sur l’Esplanade et auraient défié les autorités d’occupation», ajoute-t-il avec résignation.
«Nous appelons tous les musulmans à agir pour libérer Al-Qods de l’occupation. C’est une ville arabe et islamique que nous finirons par récupérer tôt ou tard», a affirmé dans son prêche cheikh Akrima Sabri, mufti de Jérusalem, tout en exhortant les fidèles à «la patience».
Ce dignitaire ne cache pas son scepticisme quant à l’issue de la bataille politique que livrent les Palestiniens pour préserver Jérusalem. «Nous avons besoin d’un soutien accru des Arabes et des musulmans pour rétablir l’équilibre avec les occupants israéliens», déclare-t-il.
Le même message a été lancé par le président palestinien Yasser Arafat: «N’oubliez pas Jérusalem, la capitale de la Palestine, des musulmans et des chrétiens», a-t-il déclaré à Gaza, où il a participé à la prière.
M. Arafat a rendu visite à la famille du guide spirituel du Mouvement de la Résistance islamique (Hamas), emprisonné en Israël depuis neuf ans. «La question de la libération de cheikh Ahmed Yassine est en tête de mes préoccupations», a-t-il dit.
Israël reproche à M. Arafat sa complaisance à l’égard des activistes islamistes, notamment ceux du Hamas, pour justifier son attitude à l’égard du processus de paix, en panne.
«En cas de persistance du blocage du processus de paix, nous allons, par notre attentisme, légitimer la mort de notre cause», a averti le député Salah Tamari, qui observe depuis un mois un sit-in devant la colonie qu’Israël veut construire à Jebel Abou Ghneim, à Jérusalem-est. Ce projet a entraîné le gel du processus de paix.
M. Tamari a invité l’Autorité palestinienne à «se retirer officiellement du processus de paix si Israël ne suspend pas dans deux semaines la construction de la nouvelle colonie».
«Nous en avons assez de cette autonomie, qui a fait de nous le pays du million d’officiers (de police) à la place du pays du million de martyrs», lance, exaspéré, un jeune Palestinien de Beit Sahour, près de Jérusalem.


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