«Toutes ces hypothèses ne sont que pures spéculations», une dissolution de l’Assemblée nationale ou un remaniement gouvernemental ne sont «pas d’actualité», a déclaré un porte-parole présidentiel à la suite de la prise de position du ministre de l’Education nationale, le centriste François Bayrou.
Ce dernier venait de juger «nécessaire» l’adjonction de sang neuf dans l’équipe gouvernementale en y faisant entrer «rapidement» le chef de l’aile libérale (UDF) de la majorité gouvernementale, François Léotard.
Depuis plusieurs semaines, l’ensemble de la classe politique, notamment dans la majorité, s’interroge et spécule sur la stratégie du chef de l’Etat et du premier ministre pour tenter de donner une nouvelle victoire à la droite lors des prochaines élections législatives, prévues en principe en mars 1998.
Bien que M. Juppé soit toujours sérieusement malmené dans les sondages d’opinion, — moins d’un tiers des Français s’en disent satisfaits — la défaite de ses troupes aux prochaines législatives semble de moins en moins certaine. La gauche et en particulier le parti socialiste (PS) souffrent en effet, eux aussi, d’un sérieux déficit de crédibilité auprès des Français.
Le quotidien «Libération» a révélé que, selon le dernier sondage confidentiel effectué en mars par le service policier des renseignements généraux, la droite remporterait haut la main des législatives demain, sans toutefois retrouver la majorité écrasante des quatre cinquièmes dont elle dispose dans le Parlement actuel.
«Juppé 3»
Elle obtiendrait 361 sièges, contre 215 à la gauche, et le Front national (extrême-droite) de Jean Marie Le Pen un seul.
Selon ce même sondage, la droite aurait commencé à creuser l’écart depuis le début de l’année avec l’opposition de gauche. Venant après une période de doute, cette embellie a encouragé, depuis quelques semaines, certains des stratèges de la droite au pouvoir à se prononcer pour des élections anticipées, pour profiter du «passage à vide» de l’opposition socialiste.
La récente présentation du programme économique du PS n’a pas impressionné. Le parti de M. Lionel Jospin a en outre cafouillé dans le débat parlementaire sur le contrôle de l’immigration, souhaité par une majorité de Français. Il doit enfin toujours assumer certaines des dérives du double septennat de François Mitterrand, comme le scandale des écoutes téléphoniques sous sa présidence, qui vient de rebondir.
L’aile libérale de la majorité souhaite, pour sa part, qu’avant les prochaines élections, le président Chirac referme définitivement la page sur la lutte fratricide l’ayant opposé à l’ancien premier ministre Edouard Balladur et ses partisans dans la campagne présidentielle de 1995, en ramenant quelques-uns d’entre eux au gouvernement.
C’est le sens des déclarations faites par M. Bayrou et par le chef du groupe parlementaire de l’UDF Gilles de Robien, pour qui «un remaniement faisant rentrer certains balladuriens (…) serait le signe d’une plus grande union (…) en vue des élections législatives».
Dans les milieux politiques, beaucoup continuent cependant à croire à un gouvernement «Juppé 3», dont la mise en place interviendrait alors après la pause politique de l’été.


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