Sur le terrain, ces policiers doivent faire tampon, en essayant de limiter les dégâts. A chaque fois, le scénario se répète: dès qu’un groupe de «lanceurs de pierres» se rapproche dangereusement du réduit juif de Hébron en Cisjordanie, des dizaines de policiers se précipitent dans le désordre, pour lui barrer la route afin d’éviter des «contacts» directs.
De jeunes adolescents, surexcités, se faufilent entre les rangs clairsemés des policiers débordés qui, sans armes, n’ont que leurs bras pour les contenir.
Les policiers sont pris entre deux feux. Les pierres fusent au-dessus de leurs têtes vers les militaires et des balles en caoutchouc tirées par les soldats passent entre leurs rangs, atteignant parfois certains d’entre eux.
«Sur les 250 Palestiniens blessés au cours des trois dernières semaines, plus de 25 sont des policiers», déclare le commandant de la sécurité à Hébron, le général Abdelfattah Jaïdi, qui reconnaît «la difficulté de la mission» de ses hommes.
Ces derniers, pour la plupart d’anciens combattants de l’OLP et d’anciens activistes de l’Intifada — le soulèvement palestinien de 1987 à 1993 — ne cachent pas leur embarras.
«Nous protégeons nos frères contre les balles des Israéliens tout en sachant qu’ils ont pleinement le droit d’exprimer leur colère contre l’occupation», explique un policier.
«Nous sommes en sous-effectif, les 400 hommes attribués à Hébron par les accords conclus avec Israël sont totalement insuffisants», déplore le général Jaïdi.
Pour faire face à l’escalade des affrontements mardi dernier, lorsque 3 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, «j’ai dû faire venir un renfort de 100 policiers de Jéricho» en Cisjordanie, confie-t-il.
La police s’est vu retirer ses armes pour «ne pas donner de prétexte à des tirs à balles réelles» de la part des militaires israéliens, explique le général Jaïdi. En septembre, des affrontements armés entre soldats israéliens et policiers palestiniens avaient fait plus de 80 morts en deux jours.
«Nous sommes, assure-t-il, des apôtres de la paix, et nous ne voulons pas de nouvelles confrontations avec les forces israéliennes».
La population ne partage pas souvent cette approche. Elle avait accueilli l’autonomie palestinienne en 1994 dans l’enthousiasme, avec l’espoir de voir enfin partir les soldats israéliens, symbole de 30 ans d’occupation.
«La situation n’a fait qu’empirer. Les colons juifs sont devenus les maîtres dans notre quartier, ce sont eux qui font la loi», explique, révolté, Hamza Bousnina, un boulanger de la rue des Martyrs, limitrophe du quartier où sont retranchés quelque 400 colons protégés par des centaines de soldats.
Selon lui, Israël «utilise la police palestinienne comme un bouclier pour protéger ses colons. Les Israéliens veulent la transformer en milice, comme celle d’Antoine Lahad», le chef de la milice supplétive d’Israël au Liban-Sud, s’indigne-t-il.


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