En hommage au «Vartabed» (père) Komitas, illustre compositeur du pays du mont Ararat au début du XXe siècle, ce quartet porte son nom.
Formé de: Edouard Tatevossian (premier violon et Prix Marguerite Long), Souren Akhnazarian (violon et Prix Tchaïkovski, Alexandre Kossemian (alto) et Felix Simonian (violoncelle), ce quatuor avait préparé un programme de premier choix: Corelli, Schumann, Schubert et, bien sûr, Komitas. A noter aussi la présence d’Anahit Nercessian au piano, diplômée du Conservatoire de Moscou et premier prix du concours international Bach de Leipzig.
La première œuvre interprétée est «La Folia» (violon et alto) de Corelli, violoniste virtuose qui remit à l’honneur la sonate ancienne et le «concerto grosso». Très bien construite, d’une unité et d’une élégance ramarquables, d’une virtuosité jamais gratuite, cette œuvre est nuancée et se présente telle une habile variation sur un air ibérique. Le style ici est particulièrement dépouillé, malgré une évidente science de l’écriture, avec une nette propension à une expression où la «fugue» est prédominante.
Suit la quintette (avec piano) en mi majeur op. 44 de Schumann. Exprimant les nuances d’une pensée complexe et tourmentée, cette œuvre dédiée à Clara, la femme du musicien, est une formulation romantique, accordant la part du lion à des sentiments mélangés où alternent exaltation et abattement, euphorie et angoisse. Le premier mouvement, un «allegro brillante», oppose deux thèmes aux accords riches où drame et tourmente sont évoqués avec fougue et caractère. Et surgissent de l’«andante» les arpèges triomphants d’un clavier qui prend le dessus sur les archets.
Souveraine discrétion
Il y a même des échos d’une sourde marche funèbre qui se dilue, peu après, en sereines images, d’une tonalité qui passe imperceptiblement du mineur au majeur. Le finale est d’une étonnante exubérance: danse populaire et thèmes fuyants se rejoignent pour former un ensemble équilibré. Sans outrance, exprimant les aspirations de l’éternel humain, cette longue quintette est bien une musique «accessible» où chacun peut y déchiffrer, dans la beauté d’indomptables sonorités, ses propres confidences, gardées pourtant secrètes.
Equilibre parfait du timbre et grande variété d’effets caractérisent le somptueux quatuor intitulé «La jeune fille et la mort», dont le lied est d’une intense émotion. Méditation grave, vision «macabre» et insoutenable de la Grande Faucheuse, revêtant tour à tour des masques effroyables et imprévisibles. La jeunesse et la beauté, gloires de l’éphémère, face à la noirceur et à l’indicible du périssable. C’est ici, peut-être, l’œuvre au lyrisme et au «tragique» le moins contenu dans les écrits musicaux de l’auteur du «Voyage en hiver». Mais demeure cette narration captivante, où pointe ce charme partagé entre Haydn et Mozart, d’une expression toujours élégante.
Et pour terminer, il était naturel d’écouter du Komitas dont l’œuvre (qui ravive l’esprit folklorique arménien) jette les rougeoiements à la fois diaphanes et vifs d’une expression compatible avec l’ensemble de ces narrations ayant en commun une tristesse et une plainte tragiques. Quatre princes de l’archet et une pianiste impeccable ont célébré, avec une souveraine discrétion et dans une solennelle sobriété, le souvenir de ceux qui sont morts. Recueillie dans un silence religieux, reconnaissante pour ces précieux moments de pur bonheur musical, la salle a accueilli les dernières notes avec de retentissantes salves d’applaudissements. C’est que, aussi, la musique demeure un langage universel qui peut tout dire...
Edgar DAVIDIAN
* Ce soir le quartet Komitas donnera un second et dernier concert toujours au Centre Demerdjian-Antélias à 20h précises. Au programme: Haydn, Schumann, Komitas, Beethoven.


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