«Sous l’influence et même sur les ordres des institutions financières internationales, on tente de transformer Gazprom en plusieurs entreprises indépendantes et de détruire un système unifié», affirme le président de Gazprom Rem Viakhirev, dans un rapport présenté mercredi aux députés de la Douma.
Derrière «le FMI et le ministère des Finances» russe, se profilent «des compagnies énergétiques américaines intéressées à démanteler le monopole de Gazprom», a-t-il lancé devant les députés.
«Ces actions ne peuvent aboutir qu’à la désorganisation des livraisons de gaz au consommateur, à l’apparition de nouveaux organes monopolistiques (dans les régions) et à une hausse des prix du gaz», ajoute le PDG de Gazprom.
Le conglomérat, qui emploie 360.00 personnes dans ses quelque 40 sociétés et filiales, et gère toute la chaîne gazière de l’extraction à la livraison, assure 94% de la production de gaz russe, «soit 25% de la production mondiale».
Une majorité de ses clients (entreprises, Etats étrangers) sont de mauvais payeurs et les dettes des consommateurs s’élèvent à 64.000 milliards de roubles (12 milliards de dollars), a rappelé M. Viakhirev, expliquant pourquoi la contribution de la plus grosse société russe aux revenus budgétaires restait particulièrement faible par rapport à son poids économique.
Le gouvernement a cette semaine déterré la hache de guerre contre les plus grands monopoles russes. Le premier vice-premier ministre Boris Nemtsov, chargé de la lutte, a annoncé de vastes réformes de ces monopoles accusés de ne pas verser leurs impôts au budget, d’imposer des prix exhorbitants ou de bénéficier d’injustifiables privilèges et exemptions de taxes.
Les trois principales cibles sont la compagnie nationale d’électricité (SEU), les transports nationaux (dirigés par le ministère des Transports) et la société Gazprom.
Gazprom, protégé du premier ministre Viktor Tchernomyrdine depuis des années, a été prudemment posté en queue de liste par les jeunes loups réformateurs — M. Nemtsov et son alter ego Anatoli Tchoubaïs — chargés de la nouvelle politique.
Mais déjà, Gazprom s’est lancé dans le combat, appuyé par la Douma. Rem Viakhirev, rappelant que la production de gaz était l’une des rares à ne pas avoir chuté ces 5 dernières années, a promis de restructurer ses dettes au budget (évaluées à près de 3 milliards de dollars) et au fonds de retraite, de baisser de 15% les prix du gaz aux consommateurs, mais à condition d’obtenir des paiements d’avance de ses clients.
Les députés de la Chambre basse ont adopté de leur côté une résolution déclarant «inadmissibles, dans les conditions économiques actuelles, les actions visant à détruire le système unifié de livraisons de gaz aux consommateurs russes», et se sont prononcés contre le démantèlement de la compagnie.
Le chef du Parti communiste Guennadi Ziouganov, cité par Interfax, a quant à lui accusé les deux premiers vice-premiers ministres de menacer l’intégrité territoriale russe.
«Si ces deux-là réussissent à appliquer les recommandations du FMI et de ceux qui le protègent, nous serons privés des trois ou quatre pivots sur lesquels repose l’unité de la Fédération russe — chemins de fer, réseaux d’électricité, oléoducs et gazoducs, et communications», a ajouté M. Ziouganov.
Les monopoles russes posent chacun des problèmes spécifiques, reconnaît le gouvernement. Mais il est, selon lui, urgent de reprendre le contrôle politique et financier de Gazprom.
«Jusqu’à présent, dans toutes les campagnes du genre, Gazprom est sorti indemne», relevait mercredi le quotidien économique «Kommersant», ajoutant que les monopoles avaient pour l’instant survécu à tous les vice-premiers ministres.


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