A droite, le premier ministre Alain Juppé s’est rangé au nombre de ceux ne souhaitant pas mettre à nu les éventuelles dérives du pouvoir mitterrandien en invoquant le «secret défense», tandis qu’à gauche, le chef du Parti socialiste Lionel Jospin réclamait d’en finir avec le «secret monarchique dans notre pays quel que soit le président concerné».
Watergate à la française pour les uns, nécessité pour les autres, ces écoutes avaient été conduites de 1982 à 1988 par une cellule anti-terroriste de super-gendarmes mise en place au Palais de l’Elysée par François Mitterrand.
Pendant toute cette période, quelque 2.000 personnes parmi lesquelles figuraient hommes politiques, avocats, écrivains, journalistes, comédiens et même… la maîtresse du président, avaient été écoutés à leur insu.
L’écrivain polémiste Jean Edern Hallier, décédé l’an dernier, était une cible privilégiée des «plombiers» élyséens en raison de ses relations orageuses avec M. Mitterrand. Celui-ci craignait qu’il ne révèle au grand jour l’existence de sa fille naturelle Mazarine, alors soigneusement cachée.
Le scandale avait éclaté en 1993 à la suite de révélations de presse sur les «grandes oreilles» de la présidence, le dépôt des premières plaintes et l’ouverture d’une instruction judiciaire.
Elle reste encore aujourd’hui entravée par le refus du gouvernement de lever le voile sur ces dérives au nom du «secret défense». Plusieurs proches de François Mitterrand, dont son ancien directeur de cabinet Gilles Ménages, sont inculpés.
Dossiers secrets
L’affaire a été relancée la semaine dernière avec des révélations du quotidien «Le Monde» et du magazine «L’Express» affirmant que le président Mitterrand était le véritable ordonnateur et le principal destinataire de ces écoutes illégales.
Il y a deux mois les services du contre-espionnage ont découvert les archives secrètes du commandant Christian Prouteau, le chef de la cellule antiterroriste élyséenne. Elles remplissaient huit grandes malles cachées dans un garage de la région parisienne. Une partie de ces dossiers ont été transmis au juge parisien Jean-Paul Valat, qui est chargé de l’affaire.
M. Juppé a refusé de lever le «secret défense» couvrant une partie des comptes rendus de ces écoutes et interdisant aux collaborateurs de l’ancien président de dire tout ce qu’ils savent.
C’est aussi la position prise par l’ancien ministre gaulliste de l’Intérieur Charles Pasqua, dont M. Mitterrand se méfiait pourtant particulièrement, et pour qui les écoutes sont une «nécessité».
Par contre, l’ancien ministre de la Défense François Léotard, chef de l’UDF, la seconde composante de la majorité, a réclamé la levée du secret défense. Certains de ses collaborateurs ont été victimes d’écoutes l’an dernier.
M. Jospin qui a souvent pris ses distances avec le bilan des années Mitterrand, a qualifié cette affaire, de «triste histoire si elle vraie». Il a suscité l’ire d’un autre responsable socialiste, l’ancien ministre Michel Charasse, l’un des prétoriens du mitterrandisme. M. Charasse a accusé le leader du PS d’utiliser des «moyens pas très avouables pour gagner les élections».
Mais un autre proche de François Mitterrand, Jean Glavany a donné raison à Lionel Jospin. Il a souligné que maintenir la chape de plomb sur cette affaire était «un piège politique». Il empêche de prouver que ces écoutes correspondaient en fait «à de réels problèmes de sécurité nationale», et de rappeler qu’avant l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, François Mitterrand était «écouté matin, midi et soir».
L’ex-président Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981) à réagi avec indignation à ces propos pouvant le viser.


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