Cette crise s’est ouverte jeudi lorsque M. Tshisékédi a annoncé à la presse que le Zaïre ne sera plus régi par l’Acte constitutionnel de la transition, adopté par consensus par la classe politique en 1994, mais plutôt par l’Acte portant dispositions constitutionnelles pour la période de transition, issu de la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1992. Ce texte n’a jamais été promulgué par le chef de l’Etat.
M. Tshisékédi a également indiqué qu’il ne reconnaissait plus le Haut conseil de la république parlement de transition (HCR/PT), puis annoncé la formation de son gouvernement au sein duquel les proches de maréchal Mobutu et l’opposition modérée ne sont pas représentés.
Samedi matin, l’Union sacrée de l’opposition radicale (USORAL) qui s’est réunie une bonne partie de la nuit avec les Forces politiques du Conclave (FPC, la mouvance du maréchal Mobutu), mais sans les partisans de Tshisékédi, a décidé de retirer sa confiance à ce dernier.
L’USORAL l’avait pourtant proposé au poste de premier ministre en vertu de l’Acte constitutionnel de la transition, qui stipule dans son article 78 que le premier ministre doit être issu de l’opposition.
Dans une déclaration à la presse, le porte-parole de l’Union sacrée de l’opposition radicale, Alexis Likango, a «recommandé aux FPC la sérénité et l’observance des dispositions légales de l’Acte constitutionnel de la transition, en particulier son article 78, pour le règlement de la crise» ainsi ouverte.
«L’USORAL mise sur le ban des accusés à la suite de déclarations de son premier ministre plaide coupable», a ajouté le porte-parole en soulignant que l’opposition «prend acte des griefs formulés par les FPC à l’encontre du premier ministre».
Après cette déclaration, la classe politique zaïroise va mettre en route la procédure de déchéance du premier ministre Tshisékédi. Selon Safi Sombo, membre de la coordination de l’Union sacrée, une motion de déchéance du premier ministre sera soumise au Parlement de transition qui se réunira lundi dans la capitale.
Une procédure
controversée
Mais cette procédure ne fait pas l’unanimité au sein de l’opposition où certains pensent que le Parlement de transition ne peut pas examiner cette motion dans la mesure où le nouveau premier ministre ne lui a pas encore présenté son gouvernement ou son programme. Les FPC sont largement majoritaires parmi les 738 membres du Parlement.
L’autre solution possible serait celle déjà utilisée par l’opposition pour la nomination de Tshisékédi par le président Mobutu. L’opposition demande alors, après concertations, au chef de l’Etat de nommer une personnalité de l’opposition choisie par consensus au poste de premier ministre. Cette procédure conduira le maréchal Mobutu à annuler la première ordonnance nommant M. Tshisékédi. Mais une telle procédure n’est pas actuellement envisagée, selon des sources proches de l’opposition.
Toutes ces manœuvres politiques n’ébranlent pas le premier ministre, a affirmé son conseiller politique Laurent Marcel MBayo.
«Pour nous, la bipolarisation politique marquée par l’existence des familles politiques de l’opposition et du président Mobutu est déjà terminée», a dit M. MBayo en réagissant à la déclaration de l’Union sacrée de l’opposition.
Comme l’avait affirmé jeudi M. Tshisékédi, M. MBayo a rappelé avec force que le Parlement de transition prévu par l’acte constitutionnel de la transition «n’existe plus» parce que sa constitution n’a pas obéi aux décisions de la CNS. «Par conséquent M. Tshisékédi ne peut se présenter devant des parlementaires qu’il ne reconnaît pas», a-t-il dit.
Jeudi, M. Tshisékédi avait demandé que les 300 députés issus de l’ancienne assemblée de l’ex-parti unique, le Mouvement populaire de la révolution, quittent le Parlement.


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