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Actualités - Reportage

A l'Assembly Hall, AUB Prestige de la musique baroque (photo)

On l’écoute souvent entre deux partitions mais un regain d’intérêt de la part du public et des interprètes la place à nouveau au premier rang de tous les concerts. On s’entretient de la musique baroque qui a aujourd’hui de plus en plus le vent en poupe... Poursuivant son cycle de concerts, le Conservatoire national supérieur de musique vient de consacrer un récital à l’Assembly Hall de l’A.U.B. exclusivement réservé aux œuvres de Marcello, Veracini, Telemann, Haendel, J.S. Bach et Vivaldi.
La première œuvre interprétée par le trio formé de Nabil Mroué (flûte) Angela Honanian (violoncelle) et Hasik Baldjian (piano) était une sonate (No 2) de Marcello. Surnommé en son temps le «prince de la musique» Benedetto Marcello s’était fait remarquer tant au point de vue de l’écriture instrumentale que de l’expression. Narration fluide, oscillant entre vivacité et lenteur solennelle qui a dérouté plus d’un connaisseur et ce n’est que très récemment qu’on a découvert que certaines de ses œuvres avaient été attribuées par erreur à Vivaldi et J.S. Bach...
Toutes les
ressources de l’archet

La seconde œuvre était celle de Veracini, contemporain de Vivaldi et violoniste virtuose. Un «largo» pour violoncelle et piano utilisant avec subtilité toutes les ressources de l’archet...
Mouvement lent ne manquant pas d’un certain lyrisme qui transparaît sous les ornements dont il est — goût de l’époque — surchargé. Gracieuse à la manière d’un tableau de Watteau telle se présente cette sonate No 1 (pour flûte, piano et violoncelle) en quatre mouvements de Telemann qui illustre avec finesse ce style galant du «XVIIe siècle». Fuyant toute forme austère bien dans la ligne du protestantisme, Telemann est bien ce directeur à Hambourg d’une association qui veut rivaliser avec les «concerts spirituels» parisiens où se conjuguent frivolité, connaissances, et mordant esprit de cour.

Spontanéité et
limpidité

Après l’entracte la sonate No 3 (pour flûte, piano et violoncelle) de haendel représentait bien une musique d’inspiration libre, montrant une spontanéité constante et une extraordinaire limpidité. on a longtemps voulu assimiler la musique de Haendel à un fervent élan religieux. C’est peut-être vrai mais ici, dans ces quatre mouvements aux rythmes et atmosphères si différents, il est évident qu’il y a aussi chez l’auteur du «Messie» de prodigieux dons de créateur, de mélodiste et de poète... Ce qui explique peut-être aussi la faveur que cette musique rencontre aujourd’hui même. D’ailleurs Liszt ne disait-il pas de Haendel qu’il est «grand comme le monde»
Suite naturelle à ces accents empreints d’une discrète ferveur, l’«andante» tiré de la sonate No 5 (pour flûte, piano et violoncelle) de J.S. Bach. Grave, ardente comme une prière, tantôt modulée en éclats véhéments, tantôt murmurée telle une litanie égrénée dans une douce résignation. La musique du Cantor est ici comme l’expression la plus accomplie entre la raison classique et l’humanisme chrétien de la Renaissance.
Pour terminer, toujours dans un dialogue très animé, flûte, piano et violoncelle se sont répondus pour composer les quatre mouvements de la Sonate No 6 de Vivaldi. Accents vifs et pleins d’une singulière exubérance pour traduire le «dire» musical du «prêtre roux» qui, sans délaisser son Dieu, aimait tout autant la vie... Accents qui ramènent à cette foisonnante atmosphère si particulière aux «quatres saisons» où brusquement tout fleurit ou bascule...
Evocations calmes ou impétueuses, images tranquilles ou contrastées, tout est dit dans une tonalité bien affirmée ce qui n’empêche pas toutefois le compositeur de rechercher des effets singuliers comme l’indécision tonale qu’il laisse planer sur certains passages de cette «fuga da capella»... La recherche du pittoresque est manifeste chez Vivaldi. Colorée, suggestive, dramatique à certains moments, cette sonate est une savante conciliation de thèmes opposés.
A écouter ces partitions de l’époque baroque s’étendant sur plus de deux siècles, l’auditeur en vient à faire un voluptueux voyage immobile dans le passé... un passé où surgissent avec éclat les ombres de châteaux fabuleux et de salons lambrissés éclairés d’immenses girandoles à chandelles... Merveilleuse magie de la musique qui ressuscite des mondes engloutis et réveille les sensations assoupies...

Edgard DAVIDIAN
On l’écoute souvent entre deux partitions mais un regain d’intérêt de la part du public et des interprètes la place à nouveau au premier rang de tous les concerts. On s’entretient de la musique baroque qui a aujourd’hui de plus en plus le vent en poupe... Poursuivant son cycle de concerts, le Conservatoire national supérieur de musique vient de consacrer un récital à l’Assembly Hall de l’A.U.B. exclusivement réservé aux œuvres de Marcello, Veracini, Telemann, Haendel, J.S. Bach et Vivaldi.La première œuvre interprétée par le trio formé de Nabil Mroué (flûte) Angela Honanian (violoncelle) et Hasik Baldjian (piano) était une sonate (No 2) de Marcello. Surnommé en son temps le «prince de la musique» Benedetto Marcello s’était fait remarquer tant au point de vue de l’écriture instrumentale que de...