Le chef rebelle a, dans son fief de Goma (est), assuré qu’il accepte le plan de paix de l’ONU prévoyant un arrêt des hostilités, mais seulement comme «point de départ pour des négociations».
«Si on accepte le plan c’est pour qu’on le discute» et non dans sa forme actuelle, a insisté M. Kabila lors d’une conférence de presse, avant de réitérer sa disponibilité à négocier face à une communauté internationale inquiète de la poursuite des combats.
A Paris, le ministère français des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que la France s’attend à ce que «tous ceux qui ont une influence sur l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (la rébellion) ou sur ceux qui la soutiennent, s’emploient à l’exercer pour obtenir la cessation rapide des combats».
Dans ce communiqué, qui annonçait la visite «immédiate» dans la région des Grands lacs du secrétaire d’Etat français à l’Action humanitaire d’urgence, Xavier Emmanuelli, le ministère se félicitait de ce que, «à l’initiative de la France», le Conseil de Sécurité de l’ONU et l’Union européenne aient «réaffirmé leur plein appui» au plan de paix des Nations Unies.
A New York, néanmoins, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont rejeté samedi des propositions du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan en faveur d’une force multinationale pour protéger les réfugiés dans l’est du Zaïre.
D’après des sources onusiennes, la France, l’Egypte, les Pays-Bas et la Norvège se sont en revanche montrés intéressés à participer à une telle force, qui serait chargée de protéger des couloirs humanitaires.
«Nous allons trouver des portes de sortie pour une solution conduisant à un cessez-le-feu», a assuré M. Kabila. «Pour nous, tout est prêt pour des négociations».
Ce plan de paix a déjà été accepté par Kinshasa, dont les troupes ont depuis cinq mois subi revers sur revers dans l’est du pays.
Mais il fait de plus en plus figure de «coquille vide», la rébellion exigeant qu’un cessez-le-feu soit le résultat et non le préalable aux négociations.
Une bataille
déterminante
Un arrêt des hostilités profiterait à l’heure actuelle davantage aux forces gouvernementales, sur la défensive, qu’à une rébellion conquérante qui contrôle la majeure partie de l’Est zaïrois.
Les manœuvres diplomatiques de la rébellion — accepter le plan de paix mais pas son contenu — visent à gagner du temps au moment où ses troupes sont, selon M. Kabila, «à moins de 50 km» de Kisangani (500 km à l’ouest de Goma).
Capitale du Haut-Zaïre et troisième ville du pays, base principale de la contre-offensive «foudroyante» promise par Kinshasa et dernier fief des forces gouvernementales dans l’Est, la ville revêt une importance stratégique et symbolique énorme.
Si Kisangani tombe, les routes de Kinshasa seront grandes ouvertes ce qui placera le régime du président Mobutu Sese Seko, affaibli par les revers militaires, dans une position intenable. Le chef de l’Etat zaïrois, atteint d’un cancer de la prostate, se trouvait dimanche matin toujours dans le sud de la France.
Le leader rebelle pourrait alors négocier avec toutes les cartes en main, imposant sa volonté.
En revanche, si la ville résiste pendant de longues semaines ou ne tombe pas, la rébellion sera en position de faiblesse, subissant son premier revers militaire. Le mythe de son invincibilité, avérée jusqu’à présent, volerait en éclat.
M. Kabila a fait état de «résistances farouches» près de Kisangani assurant que les anciennes Forces armées rwandaises (FAR, Hutus) et la Garde présidentielle (unité d’élite) avaient reçu des armes et uniformes neufs.
Les mercenaires ont par ailleurs placé des mines tout autour de la ville, notamment son aéroport, indispensable pour les renforts en hommes et les ravitaillements en armes mais aussi principale «porte de sortie» en cas de débandade.
Le leader rebelle ne s’en est pas ému outre mesure, lançant en souriant que son armée savait «déminer».
Aguerris, bien armés et disciplinés, les rebelles, dont de nombreux Tutsis, ont jusqu’à présent tenté d’éviter les affrontements coûteux en vies humaines, ne disposant que d’un effectif réduit.
Des infrastructures défaillantes, un terrain rendu difficile par une forêt équatoriale dense, les empêchent en outre d’acheminer rapidement des troupes d’un lieu à l’autre.
Les Forces armées zaïroises (FAZ), démoralisées et plus enclines aux pillages qu’aux combats, sont confrontées à ce même problème de logistique et ne peuvent compter, comme force de frappe valable, que sur les FAR et quelques centaines de mercenaires étrangers.
Toujours incertaine, la «bataille de Kisangani» sera déterminante pour l’évolution du conflit.


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