Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, réunis à Apeldoorn (Pays-Bas), ont décidé dimanche d’envoyer dès lundi une mission d’experts à Tirana, afin d’évaluer les besoins en matière de restauration de la loi et de l’ordre y compris au sein de la police et de l’armée.
Ce groupe de diplomates sera dirigé par Jan d’Assembourg, ambassadeur néerlandais itinérant au nom de la présidence tournante de l’UE, et comprendra des représentants de l’Organisation pour la sécurité et de la coopération en Europe (OSCE), de la Grèce et de l’Italie.
Les ministres ont précisé qu’un certain nombre d’Etats membres sont prêts à envoyer une mission de conseillers auprès de la police et de l’armée locale. La formule adoptée dimanche, qui prend en compte les réticences allemandes et britanniques à l’idée d’envoyer une force militaire dans le contexte actuel, ne ferme toutefois pas la porte à l’envoi de militaires pour des missions de sécurisation dans et autour de Tirana.
Des consultations devront avoir lieu au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU sur la nécessité d’une résolution avant l’envoi d’une quelconque force. L’OSCE ainsi que le conseil de l’Europe seront également consultés sur la suite des initiatives à prendre en faveur de l’Albanie.
Sans attendre l’arrivée des premiers policiers étrangers, le gouvernement albanais a commencé à reprendre la situation en main en mobilisant des civils pour aider au rétablissement de l’ordre. Plus d’un millier d’anciens officiers se sont présentés au ministère de la Défense pour s’enrôler dans une armée en totale déliquescence. Avec la promesse d’un salaire de 400 dollars, des civils ont également reçu une arme auprès des commissariats de Tirana et dans d’autres villes pour appuyer les policiers.
Une grande majorité des policiers et des militaires albanais avaient déserté leurs postes au plus fort du chaos, mercredi et jeudi.
Des tanks patrouillent également dans plusieurs villes, dont la capitale où l’aéroport demeurait fermé.
Un calme précaire semblait s’être installé dans le pays déstabilisé par des troubles qui ont fait au moins 75 morts et plus de 600 blessés depuis le 28 février lorsque les Albanais ont commencé à s’armer dans le Sud en pillant des dépôts de l’armée.
Dimanche, décrété jour de deuil national, les drapeaux ont été mis en berne. La télévision et la radio diffusaient de la musique classique et un rassemblement était prévu sur la grande place de Tirana.
Malgré une amorce de normalisation, l’insécurité persistait dans de nombreuses villes où des pillages et des vols sous la menace des armes ont été signalés.
Quelques milliers d’armes ont été rendues, mais il en reste probablement cent fois plus aux mains des albanais puisque la quasi-totalité des dépôts ont été pillés du Nord au Sud. Au risque d’une reprise des hostilités dans le pays même s’ajoute surtout celui de voir ces armes revendues dans d’autres pays des Balkans. Le prix d’une Kalachnikov était tombé samedi à 3 dollars contre 5 dollars la veille. Selon une anecdote circulant à Tirana, le client d’un restaurant a payé son déjeuner avec une Kalachnikov et la monnaie lui a été rendue sous la forme d’un pistolet.
Selon certaines sources, la légère amélioration de la situation à Tirana pourrait faire baisser les pressions concernant un départ du président Sali Berisha, maintenant qu’il y a un nouveau gouvernement de «réconciliation nationale».
Malgré les fortes pressions des Etats-Unis, le président Berisha, jadis proche allié de Washington, a exclu samedi soir une démission avant les prochaines élections législatives prévues au plus tard en juin. Il a en revanche affirmé qu’il démissionnerait si son parti perdait les législatives.
30 personnes, dont 9 Italiens, ont été évacuées dimanche matin par des hélicoptères de l’armée italienne de Tirana vers Brindisi, dans le sud de l’Italie, alors que près de 1.200 réfugiés albanais, dont beaucoup de femmes et d’enfants, étaient arrivés dans la nuit dans les ports italiens de Brindisi et de Bari.
De son côté, l’armée turque a entamé dimanche au port albanais de Durres une opération d’évacuation de quelque 300 Turcs d’Albanie.


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