Au fil des mois, depuis le retour au Rwanda de centaines de milliers de réfugiés du Zaïre, les enfants qui sortent seuls, épuisés, malades, des forêts du nord de Goma, se font plus nombreux.
«C’est peut-être parce qu’ils n’entendent plus les combats, qui se sont éloignés, ou que leurs parents meurent maintenant en plus grand nombre», explique Elias Shavu, administrateur du «centre d’accueil et de soins des enfants», créé par plusieurs organisations humanitaires (UNICEF, HCR, Croix rouge, Save the Children…).
Ces organismes les trouvent au bord des routes, ou les récupèrent auprès de familles zaïroises et les amènent au centre d’accueil, qui comptait jeudi 94 pensionnaires: 34 Rwandais et 60 Zaïrois, souvent des enfants de «déplacés» et, presque tous, malnutris, souffrant de diarrhée ou de gale, les jambes maigres et le vente ballonné.
Les enfants zaïrois sont soignés puis rendus à leurs parents, quand ils sont retrouvés.
Parfois, les petits Rwandais du centre d’accueil sont des enfants qui se sont perdus dans la forêt et n’ont pas pu retrouver leurs parents qui, de crainte de se montrer, les avaient envoyés chercher du ravitaillement sur les marchés voisins.
Beaucoup d’enfants rwandais amenés à Goma sont aussi des petits réfugiés recueillis à leur arrivée au Zaïre, en 1994, par des familles zaïroises, qui viennent de recevoir pour consigne de les renvoyer au Rwanda.
Cet ordre, qui vise plus de 1.700 enfants, a été donné par l’«alliance rebelle», maîtresse de Goma et d’une bonne partie de l’est du Zaïre.
«Un petit garçon avait été renvoyé au Rwanda. Mais il s’est faufilé sous la barrière de la frontière et il est revenu ici, à pied», raconte Elias. Il veut rester au Zaïre, «où il dit qu’il a une nouvelle maman», ajoute-t-il, pensant qu’en le gardant quelques jours ou semaines de plus, il oubliera peut-être et acceptera de rentrer.
Certains autres ont été retrouvés sur les chemins ou à la lisière des forêts près du cadavre de leur mère morte de maladie ou d’épuisement.
Le personnel du centre a baptisé un de ces orphelins miraculés «Merveille», une petite fille de 9 mois confiée à une maman zaïroise employée par le centre d’accueil.
Dans une salle voisine, sept petits de moins de 2 ans, assis sur des nattes, viennent de manger leur repas vitaminé et protéiné. Il y a parmi eux des jumeaux rwandais, arrivés tellement mal en point qu’ils sont là depuis trois semaines, soignés et dorlotés par le personnel qui voudrait aussi leur apprendre à marcher avant de les renvoyer au Rwanda.
Leurs jambes, trop faibles trop longtemps, ont oublié comment faire.
Dehors, Walter, kinésithérapeute zaïrois, chante et rit avec une vingtaine d’enfants, de 5 ans tout au plus. «Pour les occuper et les faire marcher», dit-il. «Gauche, droite, gauche, droite, nous aimons la gymnastique, gauche, droite, gauche droite…» Les enfants chantent et lèvent les pieds dans une belle pagaille.
Mardi prochain, beaucoup de ceux-là, ramenés à la vie, monteront dans un bus qui les conduira dans le pays de leurs familles, où des organisations humanitaires rechercheront parents, cousins, oncles ou tantes.
Depuis quelques jours, le centre d’accueil se prépare également à recevoir «les enfants de Tingi Tingi», camp de réfugiés hutus presque entièrement déserté depuis sa conquête par la rébellion zaïroise.
Il ne reste là-bas, loin au nord-ouest du Goma, que quelques centaines de malades, de vieillards et surtout d’enfants, que les organisations humanitaires voudraient tenter de rapatrier autrement qu’à pied.
Ouvert le 23 décembre, le centre d’accueil de Goma a reçu 622 enfants, dont 390 Rwandais ramenés dans leur pays: 22 en décembre, 122 en janvier, 124 en février et 122 pour les dix premiers jours de mars.


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