A priori, les Quinze qui se réunissent samedi et dimanche à Apeldoorn aux Pays-Bas, n’envisagent pas plus que l’OTAN de répondre positivement à l’appel lancé par Tirana pour une intervention militaire européenne.
Réunis à Bruxelles, les directeurs politiques des Etats membres de l’UE ont souligné que la situation était extrêmement confuse et que l’Union n’avait ni les moyens, ni le mandat, ni la légitimité d’intervenir pour l’instant militairement en Abanie, selon des sources européennes.
Dans une déclaration officielle publiée, l’Union s’est contentée d’appeler «le gouvernement albanais, les forces politiques et les autres groupes dans l’ensemble du pays à s’abstenir de recourir à la force».
La seule façon de surmonter la crise, passe, selon l’UE, par «la restauration de l’ordre et le retour à un véritable processus politique et démocratique».
Jeudi, le chancelier allemand Helmut Kohl avait également mis en doute, à La Haye, la capacité de l’Europe à intervenir militairement en Albanie.
«Si nous envoyons des soldats, qu’allons-nous leur donner pour mission?», s’est interrogé M. Kohl au cours d’une conférence de presse, au terme d’un entretien avec le premier ministre néerlandais Wim Kok.
M. Berisha, et le premier ministre, Bashkim Fino, ont «officiellement» demandé aux Pays-Bas, qui président actuellement l’Union européenne, une intervention militaire en Albanie, avait annoncé la télévision albanaise.
Parallèlement, les Quinze soutiennent toutes les initiatives lancées par l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, et en particulier les efforts de l’ancien chancelier autrichien Franz Vranitzky.
Hormis ces appels au calme et au dialogue entre parties opposées dans une véritable guerre civile dans un pays limitrophe de l’Union, cette dernière ne peut que constater son impuissance.
Manque de politique
étrangère commune
«On réagit dans l’urgence par manque de politique étrangère commune», a souligné le ministre français des Affaires européennes Michel Barnier.
Après la Bosnie, la crise albanaise vient le conforter dans son appel à l’instauration d’une cellule de planification et d’analyse des événements internationaux afin «d’être capable d’anticiper», a-t-il souligné devant des journalistes à Bruxelles.
Cette idée est actuellement défendue par la France et plusieurs de ses partenaires au sein de la Conférence intergouvernementale (CIG) sur la révision du traité de Maastricht, sujet qui devrait également être abordé lors de la réunion informelle d’Apeldoorn.
Autre sujet inscrit à l’ordre du jour, la Turquie constitue également un casse-tête pour la diplomatie européenne.
Ankara a menacé de bloquer le processus d’élargissement de l’OTAN aux pays de l’Est, si l’Union européenne ne l’accueille pas dans ses rangs.
Les Quinze ne sont toutefois pas prêts à cette intégration préférant privilégier un «partenariat renforcé», tel que l’offre par exemple l’union douanière en vigueur depuis 1996.
Le gouvernement turc demande une clarification, demande jusitifée selon le chancelier allemand Helmut Kohl notamment. Il a estimé récemment que cette situation équivoque ne peut durer, lors d’un sommet de dirigeants chrétiens-démocrates européens à Bruxelles.
De plus, Washington fait pression depuis plusieurs semaines sur les Européens pour qu’ils acceptent d’ancrer définitivement la Turquie à l’Europe et éviter toute dérive de ce pays vers l’islamisme intégriste.
La Turquie reste un «partenaire essentiel», a-t-on souligné de sources diplomatiques européennes, mais cela ne doit pas empêcher les Européens de lui demander des comptes sur le respect des droits de l’homme, le règlement du problème kurde, de l’occupation du nord de Chypre ou encore de ses différends avec la Grèce en mer Egée.


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