Habillés de gallabiyas — robes longues masculines — vertes lisérées de rouge, coiffés à la mode rasta, la taille et le cou ceints de chapelets, les derviches arrivent au mausolée brandissant des étendards verts, la couleur de l’islam, au rythme des battements de tambours et des cymbales, tandis que se forme un large cercle de fidèles.
Une fois au milieu du cercle, les hommes se déchaussent en signe de respect pour le maître et par peur du maître de cérémonie, un gros derviche portant une bague d’argent à chaque doigt.
Le but de cette réunion hebdomadaire est de vénérer cheikh Hamad El-Niel, un saint homme du 19e siècle. «Cheikh Hamad avait demandé à être enterré à l’ouest mais les fossoyeurs ont voulu l’ensevelir autre part. Lorsqu’ils ont voulu poser par terre le cercueil, une dizaine d’hommes musclés n’y sont pas parvenus. Ils ont dû avancer vers l’ouest et c’est ici qu’une force surnaturelle les obligea à le déposer», raconte Abou Wael, un gardien du mausolée.
Sur un rythme afro-arabe, les chanteurs coiffés de larges turbans blancs commencent à entonner le zikr, énumération de louanges d’Allah et du prophète Mohammed.
D’autres, pris soudain de frénésie, virevoltent au centre du cercle tandis qu’un «majzoub» (fou), habillé d’un vêtement en patchwork coloré et au regard hagard commence à crier le nom d’Allah.
La cérémonie se déroule dans l’odeur d’encens porté par un vieillard à barbiche blanche qui fait le tour des danseurs et des spectateurs pour éloigner le mauvais œil.
Un derviche, relativement jeune, apparaît le cou et la taille enroulés par cent longs chapelets. Plusieurs spectateurs lui baisent la main.
«Ces colliers sont des alfiyas, chapelets à mille perles chacun. Il les égrenne tous chaque soir en rendant grâce à Allah», raconte Abdallah Youssouf, professeur d’anglais.
Emportés par la cadence, les derviches et certains spectateurs entrent peu à peu en transe. Certains se roulent dans la poussière rouge.
Le maître de cérémonie invite les enfants à accélérer encore la cadence. Les gallabiyas vertes et colorées se mélangent dans un tourbillon de couleur qui répand encore plus d’encens et de poussière.
Subitement, la musique s’arrête. C’est le temps de la prière, les rythmes endiablés cèdent la place à l’appel du muezzin. Les derviches enroulent leurs banderoles, donnent l’accolade aux dignitaires de la région, puis se retirent.


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