«L’Albanie est un gigantesque dépôt d’armes sans gardiens», a commenté un responsable de l’opposition, Preç Zogaj.
Plus d’une soixantaine de personnes ont été blessées par balles dans trois villes du pays en proie à la rébellion, dont une quarantaine à Berat, selon des sources officielles.
Un agent de la police politique (SHIK) est également décédé des suites de ses blessures à l’hôpital de Vlora, la plus grosse ville du sud touchée par la révolte antigouvernementale.
Près de quarante personnes ont été tuées depuis une semaine en Albanie et plus de 200 blessées, la plupart par des balles perdues, malgré l’instauration de l’état d’urgence.
Les six villes du sud qui sont passées aux mains des rebelles sont Poliçan, Kelcyra, Permeti, Kuçova, Skrapar, Berat. Elles s’ajoutent à sept autres villes: Vlora, la plus importante, Gjirokastra, Saranda, Delvina, Himara, Tepelena, Memaliaj.
Les rebelles contrôlent à présent environ un quart du territoire albanais.
Une ville située au nord de la zone tenue par les insurgés, Fieri, paraissait lundi sous leur menace. Ils contrôlent plusieurs routes alentour, alors que les forces de l’ordre ont retiré une partie des barrages dans cette région, selon des journalistes qui se sont rendus sur place. Des rebelles masqués ont été vus sur la route près de Fieri, filtrant les voitures et les autobus.
Un pont conduisant à Fieri aurait été miné par les émeutiers, selon des informations non confirmées.
Trois journalistes français se sont fait tirer dessus près de ce pont lundi dernier. L’un d’eux et leur chauffeur ont été égratignés par une balle qui a traversé le pare-brise.
Loin de rendre les armes, comme le leur demande le président albanais Sali Berisha, des émeutiers ont continué à dévaliser des armureries de l’armée comme à Berat (sud) ou à Skrapari, un bastion du communisme sous la dictature d’Enver Hoxha et aujourd’hui un fief des socialistes (opposition).
Une intervention de l’armée paraissant exclue, le président Berisha a fini par céder aux principales revendications de l’opposition en acceptant la formation d’un gouvernement de «réconciliation nationale» et des élections anticipées en juin. Selon l’accord signé entre M. Berisha et dix partis politiques albanais, les émeutiers sont censés rendre les armes d’ici samedi prochain.
Mais pas plus que le président, l’opposition ne semble être entendue par les rebelles.
«Les adversaires du président Berisha ont joué aux apprentis-sorciers et maintenant ils paniquent», commente un diplomate, sous couvert de l’anonymat.
L’opposition a exploité la crise déclenchée par la faillite des pyramides financières qui ont ruiné des dizaines de milliers de familles. Ses journaux publiaient comme les autres de pleines pages de publicité en faveur de ces sociétés.
«Il y a des rebelles qui sont totalement hors de contrôle. Dans cette foule, on trouve de tout, des adolescents, comme des criminels qui entendent profiter de la situation. On perd du temps, il faut absolument que le nouveau premier ministre soit nommé aujourd’hui», s’inquiétait un responsable du Parti socialiste, Luan Rama.


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