La vallée de Wadi al-Tin, près de la ville autonome de Tulkarem, voit se succéder protestations et affrontements ces dernières semaines et les habitants palestiniens y entretiennent un vigile jour et nuit.
Outre l’injustice habituelle des saisies de terres, les opposants palestiniens et israéliens au projet dénoncent cette fois-ci la pollution que la carrière de pierre devrait entraîner.
«Les sociétés israéliennes s’installent en Cisjordanie et y creusent des carrières parce qu’elles n’ont pas besoin d’y respecter toutes les normes israéliennes», observe M. Amit Shapiro, un militant israélien de la Société pour la protection de la nature en Israël.
«Les carrières posent problème lorsqu’elles sont situées près des villes et villages en raison de la poussière, de la pollution sonore et de la dégradation des paysages», estime M. Shapiro.
Six villages palestiniens entourent Wadi al-Tin, et la ville de Tulkarem, avec ses 45.000 habitants, n’est située qu’à 7 km au nord. «La poussière et les explosions des mines vont affecter Tulkarem», s’insurge Nasser Mouflih, chef du bureau palestinien de liaison avec Israël dans cette ville.
La terre dérobée
Un député palestinien de Tulkarem, M. Hassan al-Khreish, affirme que la population est très mobilisée contre le projet. «Nous irons jusqu’à nous coucher sous les bulldozers pour l’empêcher. Aucun propriétaire ne peut rester silencieux quand sa terre est dérobée», déclare-t-il.
L’affaire a commencé à la fin des années 80 avec la confiscation par Israël de 900 hectares, selon les habitants, ou 300 hectares, selon l’administration d’occupation. Israël a alors confié l’exploitation de la zone à cinq compagnies israéliennes, ainsi d’ailleurs qu’à une palestinienne, qui s’est retirée un peu plus tard.
Plusieurs sociétés israéliennes sont dirigées par des officiers militaires à la retraite qui ont autrefois servi dans l’administration d’occupation en Cisjordanie.
Wadi al-Tin fait partie de six projets de carrière approuvés par Israël depuis 1994 en Cisjordanie, indique le géographe palestinien Khalil al-Tufakji, un expert de la colonisation. Deux sont déjà entrées en production.
Le porte-parole de l’administration militaire israélienne en Cisjordanie, le lieutenant Peter Lerner, affirme que le projet de Wadi al-Tin a été lancé avant le début du processus de paix. Selon lui, les normes d’environnement israéliennes sont également appliquées en Cisjordanie.
Il dément les soupçons de collusion en affirmant: «Plusieurs anciens officiers de l’administration ont investi dans des projets en Cisjordanie. Il n’y a là absolument rien d’anormal».
M. Muflih n’est pas d’accord. «Israël considère que la Cisjordanie est une terre vide, un endroit où l’on peut investir, polluer et coloniser sans se soucier de ce que pensent les habitants. Israël joue avec le feu».


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