En venant au mois de mai prochain au Liban, l’ancienne Phénicie, le pape de Rome suit les pas du Messie à Cana, à Tyr et à Sidon; de Saint-Pierre se rendant à Antioche avant d’aller à Rome, où il fut martyrisé (en 64 ou 67); de SaintPaul, hôte de la petite communauté chrétienne de Tyr, sur son chemin vers Jérusalem. Il faudra attendre la fin du quatrième siècle pour être renseigné sur la diffusion et l’activité des chrétiens à Tyr, avant tout par leur Basilique, jugée la plus belle église du monde par l’évêque historien, Eusèbe de Césarée, qui prononça un long panégyrique lors de sa dédicace. Paulin était l’évêque constructeur de la Basilique. Les fouilles ont mis au jour un nombre considérable de sarcophages aux inscriptions chrétiennes qui font revivre une ville cosmopolite, riche et socialement très bien organisée.
Les temps forts commencèrent avec la pénétration de la communauté maronite. Mais il fallut attendre le voyage du pape Paul VI en Inde pour voir un vicaire du Messie au Liban, et seulement alors du haut de la terrasse de l’AIB: cette pause non protocolaire a marqué toutefois un geste très apprécié de tous les Libanais.
Maintenant nous attendons la visite d’un pape qui aime le Liban, comme l’ont manifesté ses interventions directes et indirectes par les canaux diplomatiques. En 1987 il n’hésita point à proclamer, devant une assistance internationale «le Liban terre sainte», pour sa place privilégiée dans la Bible et spécialement dans les Evangiles.
Jean-Paul II a aussi déclaré que «le Liban est bien plus qu’une Nation, c’est un message!», un exemple pour le monde entier, un modèle à suivre.
Le pape a présent à l’esprit le récit de la célébration des Noces à Cana de Galilée (Qana el-Jalil), près de Tyr. Le Messie, par sa présence à ce mariage, sacramentalise l’institution matrimoniale. Le pape pense aussi à la présence du Messie en Phénicie où il guérit la fille Cananéenne qui supplie: «De grâce, Adoni (seigneur en phénicien), même les petits chiens mangent les miettes des enfants qui tombent sous la table!». Et qui peut résister à une maman qui ne demande rien pour elle, mais tout pour l’être qu’elle aime? Et le miracle a eu lieu. Le même cri de détresse est sorti du cœur d’une cananéenne: à elle aussi le Messie n’a pu résister.
Le Grand spécialiste de la Bible, le père jésuite Alberto Vaccari, professeur à l’Institut pontifical des études bibliques de Rome, en commentant les randonnées fréquentes du Messie dans les régions de Tyr et de Sidon, attire l’attention que c’était là, en Galilée phénicienne que le Messie, fatigué, irrité par les subtilités casuistiques rabbiniques du milieu juif hostile, se retirait «incognito» pour retrouver sa tranquillité parmi des gens où juifs et phéniciens s’occupaient de leurs affaires, loin des centres de disputes sur la laine des chèvres. En tout cas c’est à Cana qu’il découvrit et appela à sa suite un «vrai israélite», Nathanaël.
C’est encore à Cana, où le Messie se rendit encore une fois, qu’eut lieu la guérison «à distance» du fils d’un fonctionnaire royal, en service dans le gouvernement du roi Hérode Antipas. Ce fonctionnaire, ayant été informé que le Messie se trouvait dans la région de Tyr, et plus exactement à Cana, avait un fils au lit très malade, en danger de mort d’après ses médecins. De Kafr Naoum (où il habitait ) il se rendit, sans doute à cheval, à Cana. «Adoni, supplia le père, descends (avec moi à Kafr Naoum) avant que ne meure mon petit enfant!» Jésus lui dit: «Va, ton fils vit!» Le Jour après (khtès, en grec), ses serviteurs venus à sa rencontre, lui donnèrent la bonne nouvelle, pendant qu’il était sans doute encore en terre phénicienne, car un administrateur ne croit pas sans preuves. Il demanda à ses serviteurs quand l’enfant s’était senti mieux et se rappela que c’était justement à cette heure-là que le jour avant Jésus lui avait dit; «Ton fils vit» (la sixième heure/ une heure de l’après-midi).
En outre le pape visite un pays où à Cana le Messie commença sa mission avant l’heure établie, grâce à l’insistance affectueuse de sa sainte Mère: «Les nouveaux époux n’ont plus de vin!» Son Fils lui répond: «Que puis-je faire, Mon heure n’est pas encore venue!» D’un ton ferme et maternel, elle dit aux serviteurs: «Tout ce qu’il vous dira, faites-le!»
Voici quelques traits saillants du pays que le pape visitera au mois de mai: pays terre-sainte, pays-message depuis le Messie jusqu’à nos jours. Ceux qui ont semé les troubles dans la convivialité libanaise sont toujours venus du dehors, depuis les Assyro-babyloniens, jusqu’aux Romains, aux Byzantins, aux Mamelouks, aux Turcs, à la diplomatie anglo-ottomane le siècle passé, à la Porte Ottomane pendant ce siècle, etc. Le Liban a, malgré vents et tempêtes, su conserver dans le fond de sa conscience un esprit vivace de convivialité. Le fait même, qu’après les événements douloureux de 1975 à 1992, chrétiens et musulmans refusent catégoriquement de parler de guerre civile — comme la définisait la presse étrangère par ses «envoyés spéciaux» qui n’y comprenaient rien — est très symptomatique. Ce fut une guerre des autres et pour les autres qui se déroulait sur le sol libanais. Lorsqu’au Liban éclatait une rixe, il faut toujours chercher ailleurs: hier et aujourd’hui.
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