Dans son rapport annuel 1996 publié à son siège de Vienne, l’agence spécialisée de l’ONU juge que l’Europe, haut lieu de consommation traditionnel, devient aussi une zone de fabrication, de culture et d’exportation de drogues, notamment pour les amphétamines et l’ecstasy.
«Les activités des groupes criminels organisés et la disparition des barrières douanières entre les Etats membres de la CEI (Communauté des Etats indépendants) permettent aux trafiquants de transporter illicitement leurs cargaisons depuis le Croissant d’or (Pakistan, Afghanistan, Iran) jusqu’en Asie centrale, en Fédération de Russie et au Bélarus sans subir de contrôle», écrit l’OICS.
Pour enrayer le phénomène, l’OICS invite la CEI, les pays baltes et «plusieurs» Etats d’Europe centrale et orientale non identifiés à mettre en place «des structures administratives et juridiques» appropriées et «un contrôle plus efficace des frontières».
En Europe occidentale, l’OICS considère que les Pays-Bas demeurent «une plaque tournante du trafic illicite de cocaïne et de cannabis», une zone de «culture illicite du cannabis à grande échelle», et «un très important centre de fabrication et de trafic de plusieurs» drogues de synthèse, notamment l’ecstasy.
L’OICS se félicite néanmoins que le gouvernement néerlandais se soit engagé l’an passé à mener une «politique plus rigoureuse» en matière de drogues.
Dans une allusion au Schleswig-Holstein (nord de l’Allemagne), l’OICS se «déclare inquiet» du projet «d’un gouvernement régional d’Allemagne» de distribuer du cannabis en pharmacie.
Il condamne aussi des essais de distribution contrôlée d’héroïne à Zurich (Suisse), soulignant que les résultats de ces expériences n’ont pas encore été évalués, «ni par les autorités suisses ni par l’OMS» (Organisation mondiale de la santé).
L’OICS dénonce le «développement régulier» de la consommation de drogues de synthèse alors que la consommation de produits comme l’héroïne et la cocaïne diminue en Europe occidentale.
Les saisies d’amphétamines ont augmenté entre 1994 et 1995 en moyenne de 18%. Dans «les deux principaux pays sources, les Pays-Bas et la Pologne», elles sont passées dans le même temps de 281 kg à 625kg, et de 78 kg à 112kg respectivement.
La fabrication et la consommation d’ecstasy «ont considérablement augmenté en 1995 en Europe». De même «une augmentation de la consommation de LSD» a été notée «dans de nombreux pays d’Europe».
«Les marchés illicites de drogues en Europe et au-delà sont approvisionnés en amphétamines (...), en métaphétamines et surtout (...) en ecstasy par des laboratoires illicites situés en Europe», écrit l’OICS. «Tout comme la fabrication illicite, la culture illicite est devenue un élément important de la situation de la drogue en Europe», ajoute-t-il.
Concernant les substances d’origine naturelle, l’OICS relève que «le cannabis demeure la drogue la plus largement consommée en Europe et sa consommation par les jeunes est en hausse dans la plupart des pays de la région», écrit l’OICS.
Si «la culture à grande échelle sous abri du cannabis se limite aux Pays-Bas, la culture à échelle se propage dans d’autres pays, notamment est-européens» (Belarus, Ukraine, Etats baltes, Europe centrale et orientale), indique-t-il.
Pour l’héroïne, les «quantités saisies ont diminué» dans «la plupart des pays d’Europe occidentale» où la route des Balkans (Asie, Turquie, Bulgarie, Roumanie, Europe centrale ou Ex-Yougoslavie, Europe occidentale) reste le principal itinéraire d’acheminement.
Pour la cocaïne, «les saisies ont diminué en Europe considérée globalement» mais «augmenté» en Europe orientale et dans la CEI.


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