L’auteur est un Libanais de trente ans, qui n’en est pas à son premier chef-d’œuvre, il s’appelle Paul Audi; il est magnifique. Son roman est fait de trois épopées. Les personnages? Le général de Gaulle, Romain Gary et André Malraux. C’est évidemment le général de Gaulle qui fait l’unité du livre.
Paul Audi consacre des paroles émouvantes aux deux personnages devenus historiques, et dont chacun pourrait être un «Conquérant de l’impossible»: André Malraux et Romain Gary. Mais à mes yeux, le général de Gaulle était plus ce que cela, «il fut la France» mais il fut aussi un saint chez qui le spirituel dominait tout le reste.
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Je n’ai pas connu personnellement Romain Gary mais j’ai lu la plupart de ses livres.
Romain Gary écrit dans «Clair de femme»: Aimer une femme, aimer la France, c’est tout un, dès l’instant que celle-ci apparaît sous les traits émouvants d’une «Princesse des contes», d’une «Madonne aux fresques des murs». Et dans une émission télévisée, Gary reconnaît le général de Gaulle comme «L’homme de sa vie».
J’ai lu «Les racines du ciel», «La promesse de l’aube», «Le chien blanc», «La tentation de l’Occident» et «Les chênes qu’on abat». J’ai appris que Daniel Costelle avait demandé à Romain Gary s’il ne craignait pas d’être un peu trop élogieux à l’égard du général. Romain Gary répondit que s’il s’agissait de venir et de faire simplement l’éloge de l’œuvre du général de Gaulle, je ne serais pas venu. Dans «La nuit sera calme» Romain Gary disait: «Ce que je trouvais attachant chez de Gaulle et ce qui me liait à lui c’était le sens de ce qui est immortel et de ce qui ne l’est pas».
De sa mère, il dit: «Quelque chose de son courage était passé en moi et y reste pour toujours...».
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J’ai connu Mme Jean Seberg, compagne de Romain Gary. Elle me paraissait plus fine, plus belle que le plus pur cristal. Elle a passé au Liban, à Yarzé, une longue soirée. Plus tard j’appris qu’elle s’était suicidée. On disait que c’était sous l’effet des drogues. Par la suite, ce fut Romain Gary qui se suicida à son tour, rien ne l’avait empêché de faire cet acte désespéré. Il avait reçu deux prix Goncourt l’un sous son nom de Romain Gary, l’autre sous le nom d’Emile Ajar.
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Quant à André Malraux je l’avais vu à Paris en 1965, il était ministre sans portefeuille, puis ministre de la Culture. Il avait été chargé de m’accompagner à l’Arc de Triomphe pour une visite protocolaire. J’avais lu bien des ouvrages de Malraux, «La condition humaine», «La métamorphose des dieux», «Les antimémoires», «La tête d’Obsidiène», «Les chênes qu’on abat». Et bien d’autres encore. Mais à mon sens, rien ne se compare à ses «Oraisons funèbres», celle de Braque, celle de Jean Moulin.
Dans un discours prononcé le 19 décembre 1964, en présence du général de Gaulle et du président Pompidou, André Malraux préparait le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon:
«Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au maire de les faire enterrer en secret, à l’aube. Il est d’usage, dans cette région, que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l’ensevelissement des morts français».
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J’ai connu le général de Gaulle de près.
En 1929 commandant d’armée il était venu présider la dernière distribution des prix chez les pères Jésuites.
En 1941 il nous faisait une visite au Liban, c’était le 26 juin.
De nouveau il vint au Liban en 1942, cette seconde visite eut lieu au cercle de l’Union française, il nous faisait une allocution vibrante et associait notre sort à celui de la France. Ce discours rejoignait le premier dans le fond et dans la forme.
En 1965 étant président de la République, j’étais invité à Paris par le général de Gaulle, il avait prévu pour mois plus d’une cérémonie et il avait pris fait et cause pour moi contre l’Académie française pour deux définitions du dictionnaire. Dans un discours il me disait à Paris: «Dans tout cœur de Français digne de ce nom, je puis vous dire que le nom seul du Liban fait remueur quelque chose de très particulier, et j’ajoute que c’est d’autant plus justifié que les Libanais, libres et fiers, ont été le seul peuple dans l’histoire du monde, à travers les siècles, quels qu’aient été les péripéties, les malheurs, les bonheurs, les destins, le seul peuple dont, jamais, aucun jour, le cœur n’a cessé de battre au rythme du cœur de la France...».
Dans nos entretiens, il m’annonçait qu’il était prêt à s’associer à divers projets les uns d’ordre hydraulique les autres d’ordre militaire. Il avait annoncé sa venue au Liban pour le mois d’avril 1968.
Mais il s’en était allé, plus tôt encore. Je présidais une délégation libanaise au deuxième anniversaire de sa mort à Colombey-les-deux-Eglises, je plantais sur la colline de Colombey des cèdres millénaires: je disais en 1991: «Notre rencontre, nous Libanais, avec le général de Gaulle est une rencontre au niveau des âmes. Une telle rencontre, rien ne peut la compromettre: ni les vicissitudes de la vie, ni la mort. Cet ami absent, empêché, nous allons au devant lui. Et pour perpétuer notre rencontre, nous portons jusqu’à son mémorial tout un bosquet de cèdres. Des centaines de plantes ont été déjà transportées à Colombey. D’autres suivront. Issus de nos propres cèdres plusieurs fois millénaires, ils plongent, par là, dans notre lointain passé, dans ces temps fabuleux où selon la légende (cet autre nom de l’histoire et de la préhistoire à la fois), ils auraient été plantés par les mains mêmes de Dieu. Et ils portent en eux, comme notre fidélité, l’espérance d’une jeunesse sans cesse renouvelée...»
Et je disais aux Français: «En dépit de notre détresse, ne cessez pas de croire en nous. En dépit de vos problèmes, ne laissez pas tant de nations qui se déclarent vos alliées, continuer à faire de nous «un remords du monde».
«Regardez-nous avec les yeux du général de Gaulle. Ce matin, reconnaissez l’amitié qu’a mon visage même usé par l’âge et par le chagrin».
«Reconnaissez dans ma voix, celle du Liban, celle qui, depuis des siècles, à l’unisson de votre propre voix, fait retentir sur la montagne et sur la mer, «le chant de la liberté».
Pour ma part, j’attends d’autres textes de Paul Audi pour renouveler mes sentiments d’admiration.


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