«Alphand vers un hat trick?» s’interrogeait la presse, dimanche matin avant le Super-G de Garmisch, dont le Français était le favori logique après son début de week-end triomphal.
Vainqueur du premier Super-G, vendredi, et de la descente, samedi, Alphand, qui s’avouait «sur les rotules», est tombé dans le piège d’un parcours très technique, tracé par l’entraîneur norvégien.
«Il n’y a rien à faire. C’est un géant», déplorait le Français, sixième, stigmatisant le parcours très tournant du Super-G du jour. «Sur la même piste que vendredi, la course d’aujourd’hui est plus longue de huit secondes, c’est énorme. Le Norvégien a voulu avantager ses coureurs — dont certains sont à la lutte pour les classements de Coupe du monde, c’est lamentable».
Malgré ces critiques, Alphand «le matador de Garmisch», tel que le baptisait le speaker en raison de l’estocade portée à ses rivaux lors des deux premières courses, s’estimait pourtant heureux.
«Vu ma forme et le tracé, sixième, c’est un bon résultat. J’ai laissé des forces dans mes deux victoires et, derrière, il y a des gars qui ont les dents longues».
Hermann Maier est de ceux-là. A 24 ans, l’Autrichien, caricaturé par son fan club sous les traits d’un indéfinissable bovidé, a connu trop de misères pour ne pas, aujourd’hui, avoir faim de victoires.
Parti avec le dossard 18, le skieur de Flachau, déjà étonnant deuxième du Super-G de vendredi, est venu créer la surprise en volant la première place en 1’21”64 à l’Italien Kristian Ghedina, relégué à 52 centièmes.
Les Norvégiens Lasse Kjus et Atle Skaardal se partagent la troisième place en 1’22”25.
«Ce matin, en reconnaissant la piste, racontait Maier, j’ai vu que je pouvais prendre ma chance sur ce Super-G très technique. Je me suis battu, pas pour la victoire mais seulement pour bien faire».
En voyant, depuis l’aire d’arrivée, Maier venir jouer les trouble-fête, Luc Alphand se réjouissait: «Ce gars-là, il a vécu plein de galères, il a été exclu de l’équipe autrichienne. C’est super ce qui lui arrive. Je suis content pour lui».
Pour Maier, une
victoire sur l’adversité
Obligé d’arrêter la compétition à l’âge de quinze ans en raison de problèmes de croissance, Maier devint moniteur de ski et maçon pour gagner sa vie.
Réinscrit dans des courses régionales vers l’âge de 18 ans, il resta longtemps à la porte de l’équipe nationale avant de se faire remarquer il y a deux ans dans le géant de Flachau où il courait en tant qu’ouvreur.
Vainqueur de la Coupe d’Europe la saison dernière, il disputa sa première course de Coupe du monde lors des finales de Lillehammer en mars 1996 et termina onzième du Super-G.
Engagé en Coupe du monde cette année, il se cassa un bras lors de la descente de Chamonix, en janvier dernier avant de revenir, ce week-end, à son meilleur niveau pour remporter le troisième Super-G de Coupe du monde de sa carrière.
«Je suis content», déclarait-il simplement, encore abasourdi par son succès. «J’ai réussi à gagner ma place dans l’équipe. Il y a chez nous une telle concurrence que si on ne marche pas très tort, on nous remercie».
A l’inverse de Maier, Luc Alphand analysait très vite les conséquences de cette victoire surprise et de sa propre performance.
«Tout est positif pour moi aujourd’hui. Maier n’est pas une menace sérieuse pour les classements», estimait-il. «Les gars dangereux ne sont pas plus dans le coup que moi. Aamodt — son adversaire au classement général de la Coupe du monde — est seizième. Je m’en sors bien dans une course qui n’était pas faite pour moi».
Fort de 163 points d’avance sur Aamodt au classement général, Luc Alphand s’envolera mardi pour la Norvège en pleine confiance avant la descente et le Super-G prévus le week-end prochain.
Avec Hermann Maier, il pourra disserter en connaisseur sur ces skieurs aux carrières mal engagées, parfois désespérées, et qu’un jour on ne peut plus arrêter.
Classement du quatrième super-G de la saison disputé dimanche à Garmisch-Partenkirchen:
1. Hermann Maier (Aut) 1’21”64
2. Kristian Ghedina (Ita) 1’22”16
3. Atle Skaardal (Nor) 1’22”25
4. Lasse Kjus (Nor) 1”22”25
5. Peter Runggaldier (Ita) 1’22”41
6. Luc Alphand (Fra) 1’22”50
7. Andreas Schifferer (Aut) 1’22”55
8. Fredrik Nyberg (Suè) 1’22”64
9. Josef Strobl (Aut) 1’22”97
10. Steve Locher (Sui) 1”23”10
11. Erik Seletto (Ita) 1’23”15
12. Werner Perathoner (Ita) 1’23”17
13. William Besse (Sui) 1”23”20
14. Hans Knaus (Aut) 1’23”30
15. Guenther Mader (Aut) 1’23”33
16. Kjetil Andre Aamodt (Nor) 1”23”34
17. Andrei Filischkin (Rus) 1”23”36
18. Lasse Paulsen (Nor) 1”23”42
19. Paul Accola (Sui) 1’23”44
20. Frederic Marin-Cudraz (Fra) 1’23”55
Classement général de la Coupe du monde:
1. Alphand 977 pts
2. Aamodt 814
3. Ghedina 802
4. Josef Strobl 674
5. Thomas Sykora (Aut) 668
6. Michael von Gruenigen (Sui) 622
7. Skaardal 608
8. Knaus 598
9. Franz 569
10. Mader 505
11. Fritz Strobl 497
12. Thomas Stangassinger (Aut) 490
13. Schifferer 421
14. Locher 410
15. Kjus 409
Classement général de Super-G
1. Alphand 272 pts
2. Runggaldier 181
3. Maier 180
4. Skaardal 172
5. Josef Strobl 153
6. Knaus 145
7. Ghedina 136
8. Locher 134
9. Kjus 127
10. Mader 126
11. Perathoner 115
12. Christian Mayer (Aut) 85
13. Rahlves 84
14. Aamodt 79
15. Schifferer 76
16. Patrick Ortlieb (Aut) 72


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