La publication mardi à Londres des résultats annuels de Barclays, la première banque britannique, était ponctuée d’une phrase inhabituelle: «en l’absence d’utilisations alternatives plus urgentes, nous nous attendons à restituer en capital une valeur d’environ 500 millions de livres (800 millions de dollars), à nos actionnaires dans les douze prochains mois».
La banque, qui vient d’annoncer des bénéfices record pour 1996, dispose de fonds bien supérieurs à ses besoins, et il n’est pas dans ses habitudes «de stocker ses excédents», a déclaré Martin Taylor, son directeur général, après avoir annoncé un bénéfice avant impôt de 2,35 milliards de livres (3,7 milliards de dollars).
Barclays n’a pas l’intention de s’agrandir en acquérant de nouvelles filiales. Dès lors, elle s’apprête à procéder à une opération de plus en plus à la mode dans le monde la finance britannique: Le rachat de ses propres actions ou «share buyback».
Barclays va éponger le marché de ses propres actions, ce qui dopera les cours. Et en rachetant des titres, elle distribuera de l’argent à ses actionnaires. Barclays n’en est pas à son coup d’essai. En 1996, à coup de centaines de millions de livres, elle avait déjà offert plusieurs cadeaux de ce genre à ses actionnaires.
D’autres grandes compagnies ont également procédé à des rachats d’actions ces derniers mois, comme le groupe minier RJB Mining. Quant au groupe de communication et d’information financières Reuters, il a indiqué la semaine dernière qu’il réfléchissait aux moyens de faire profiter ses actionnaires de liquidités excédentaires, accumulées au fil des années de bénéfices.
Ces résultats spectaculaires sont souvent le fruit de programmes stricts de réduction des coûts. Ainsi Barclays a supprimé 23.000 emplois depuis le début des années 1990, souligne le Bifu, le syndicat des employés de banque.
«Le chiffre des bénéfices de Barclays est tout simplement phénoménal», a dit Jim Lowe, secrétaire adjoint du Bifu. «Nous allons obtenir 2,5% d’augmentation cette année, peut-être 3%, qu’il faut comparer à une augmentation de 21% des dividendes pour les actionnaires, et à un rachat d’actions qui est une autre façon de faire de l’argent pour les actionnaires», a-t-il déclaré.
Les financiers de la City, le quartier des affaires de Londres, sont d’un avis différent. «Je ne crois pas qu’une entreprise qui cherche à attirer les investisseurs le fasse au détriment de ses employés», estime Mike Young, spécialiste des «share buyback» à la banque d’affaires Goldman Sachs. «Si vous n’avez pas d’investisseurs, vous n’avez pas d’emplois», a-t-il estimé.
En Europe, le entreprises britanniques sont celles qui ont le plus souvent recours au rachat d’actions. Elles y sont poussées par le développement des fonds de pension privés qui réclament des placements de plus en plus attractifs, explique M. Young.
Ils devraient se développer dans d’autres pays, si les règles fiscales y sont modifiées, prévoit Goldman Sachs. Les «share buybacks» sont interdits dans certains pays, comme l’Allemagne, même si la législation pourrait y être bientôt assouplie.


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