Chaque jour, de nouveaux mouvements de grève éclatent, venant rejoindre celui des professeurs entamé il y a quatre semaines et celui des étudiants, qui ont manifesté mercredi à Belgrade pour le 90e jour consécutif.
«Vous allez voir que la fin de nos manifestations va être suivie de nombreuses grèves», a assuré Zoran Djindjic, l’un des trois dirigeants de la coalition d’opposition Ensemble, au lendemain de l’annonce de l’interruption de ses cortèges antigouvernementaux.
«Le mécontentement n’a jamais été aussi fort. Certains évitaient jusqu’à présent de manifester en même temps que nous pour ne pas être accusés de se mêler de politique», a-t-il ajouté.
Comme chaque jour à midi, les professeurs se rassemblent devant l’immeuble du gouvernement. Plusieurs milliers d’enseignants de la capitale sont rejoints par ceux de Nis, la deuxième ville du pays.
Marina Carapic enseigne le français depuis cinq ans dans une école primaire d’un quartier de Belgrade. «Je gagne 1.000 dinars (environ 180 dollars), explique-t-elle. On ne peut pas vivre avec ça».
Elle a, «bien sûr», participé à la plupart des 88 manifestations organisées par l’opposition pour obtenir la reconnaissance de sa victoire aux élections municipales.
La peur a disparu
«Maintenant, c’est l’occasion rêvée d’obtenir quelque chose, assure-t-elle. Nous sommes unis comme jamais. La peur a disparu, il faut en profiter. C’est le début d’un grand mouvement social dans ce pays».
Selon les syndicats d’enseignants, les cours sont interrompus partiellement ou totalement dans 1.800 des 2.000 écoles primaires et élémentaires de Serbie.
Les enseignants réclament des augmentations de salaires généralisées et que le salaire minimum soit porté de 80 à 150 dollars. Le salaire moyen d’un professeur est de 165 dollars, le gouvernement a pour l’instant proposé de le porter à 215 dollars, assurant qu’il ne pouvait pas aller au-delà sous peine de relancer l’inflation.
«Si les professeurs obtiennent des augmentations, les médecins, les juges, les employés vont aussi exiger la réévaluation de leurs salaires de misère», écrivait mercredi le quotidien indépendant «Nasa Borba».
Dimanche, les médias officiels ont annoncé en fanfare que le conflit était terminé, après la signature d’un accord entre le premier ministre et le président du syndicat officiel.
Un document qualifié de «honteux» par l’un des représentants des professeurs en grève, Japos Bulatovic, qui a assuré que cette manœuvre avait fait descendre dans la rue de nombreux collègues non grévistes.
Revendications dans
l’industrie lourde
Plus inquiétant encore pour le régime, le mouvement revendicatif se développe dans l’industrie lourde, dont les salariés forment l’électorat traditionnel du Parti socialiste (ex-communiste).
A Kragujevac (centre), les ouvriers de l’usine d’automobiles et d’armes Zastava sont en grève depuis six jours pour exiger leurs salaires de janvier et la prime de vacances de l’an dernier.
Ceux de l’usine de constructions mécaniques belgradoise IMT ont repris mardi un mouvement entamé il y a plusieurs semaines puis suspendu, pour exiger le versement de salaires en retard et la reprise de la production, interrompue à cause des sanctions internationales qui ont en grande partie paralysé l’économie pendant quatre ans.
Le syndicat des métallurgistes de Serbie a déposé un préavis de grève national pour le 7 mars.
Enfin selon «Nasa Borba», les travailleurs du textile, du cuir et de la chaussure ont menacé de cesser le travail le 25 février si rien n’est fait pour relancer l’activité dans leur secteur, qui ne tourne qu’à 30% de ses capacités.


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