«Nous donnons (au pouvoir) jusqu’au 9 mars pour libérer les médias», a lancé à la fin de la semaine dernière, devant des milliers de partisans enthousiastes, Zoran Djindjic, l’un des trois dirigeants de la coalition d’opposition Ensemble. «Et si rien ne se passe, nous redescendrons dans la rue!», a-t-il ajouté.
D’ici-là, satisfaite d’avoir vu le pouvoir reconnaître sa défaite lors du scrutin municipal de novembre, la coalition a appelé ses sympathisants à suspendre les manifestations qui ont animé le centre de Belgrade et de certaines villes chaque jour pendant près de trois mois.
Dans la perspective des élections présidentielle et législatives de décembre, obtenir un accès aux médias audiovisuels est devenu la priorité de la coalition.
Mais la résistance du régime «sera tout à fait identique», a expliqué M. Djindjic, chef du Parti démocrate (DS). «Il ne faut pas s’attendre à ce que (Slobodan Milosevic) change de comportement», selon lui.
«Pour la chaîne studio B à Belgrade (dépendant directement de la mairie, qui doit passer le 21 février aux mains de l’opposition) on s’attend à avoir des problèmes. Si c’est le cas, il y aura de grandes manifestations», a-t-il ajouté.
Dans ce pays centralisé, où les journaux indépendants sont mal distribués et où les radios privées n’émettent que dans un rayon de 100 kilomètres autour de Belgrade, la télévision est une arme de campagne électorale primordiale.
«Milosevic ne lâchera rien facilement, et surtout pas la télé», estime Veran Matic, rédacteur en chef de la radio indépendante belgradoise B-92, qui s’est illustrée dans la couverture des 88 jours de manifestations.
«Il est arrivé au pouvoir grâce à la télé. C’est l’un des rares politiciens de l’Est à avoir compris le pouvoir de l’image il y a dix ans. Il utilise souvent la télé plutôt que la police», reconnaît-il.
Coup de semonce
Tenu de transférer les chaînes de télévision municipales aux vainqueurs du scrutin du 17 novembre, les autorités serbes ont donné fin janvier à Kragujevac (sud de Belgrade) un aperçu de leurs intentions: l’ancienne majorité municipale a demandé en catastrophe le rattachement de la télévision locale à la Radio-télévision serbe et les policiers ont occupé les locaux.
Il a fallu un arrêt du tribunal de commerce de la ville, le 4 janvier, pour obtenir leur départ.
Contrôlant finances, taxes et budgets, les moyens d’action du régime sur les chaînes locales sont immenses.
«D’autant, précise Aleksandar Vasic, rédacteur en chef adjoint de Radio-Index, rattachée théoriquement à l’université de Belgrade, qu’il n’existe pas d’alternative au réseau de diffusion de l’Etat. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, couper quand ils veulent. Je suis très pessimiste».
La nomination d’une nouvelle ministre de l’Information, Radmila Milentijevic, a également été interprétée comme un coup de semonce par les médias indépendants et l’opposition.
Réputée très proche du couple présidentiel, elle a estimé, dans une interview au quotidien gouvernemental «Borba», qu’il «n’y a pas de médias indépendants dans le monde, car ils dépendent tous de ceux qui les financent».
Elle a ensuite lancé un avertissement aux journalistes étrangers: «Nous devons tous les tenir pour responsables de ce qu’ils écrivent. S’ils écrivent quelque chose de faux, nous devons réagir et demander correction des mensonges».
«Ne vous faites pas d’illusion, conclut un cadre de la télévision privée BK, qui préfère rester anonyme. Milosevic peut changer à son profit n’importe quelle règle, n’importe quand».


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