Narrant une histoire d’amour âpre et violente, débordante d’une vie intense, incantatoire, rythmée par moments, «l’amour sorcier» de Falla transcrit et interprété par Rafael Andia à la guitare est certainement un moment de révélation pour les mélomanes libanais. Ils découvrent là les beautés du «cante flamenco» par le biais des accords d’une guitare déchaînée et aux sonorités aussi sourdes et riches qu’un orchestre! Si la partition a perdu toutefois de son ampleur, de sa force magique, elle a aussi gagné en pure authenticité ibérique car la guitare demeure sans doute l’expression musicale par excellence du pays des mantilles... Et Rafael Andia a su restituer tous les sortilèges de cette œuvre ardue et périlleuse dont il a ailleurs triomphé en maître absolu. Qui ne connaît ce compositeur fin qu’on associe souvent aux films de Fellini? La musique de Nino Rota était ce soir-là au bout des doigts d’Alfred.
Herzog (président de la fédération des écoles de musique de France, directeur du Conservatoire national de Région de Boulogne Billancourt) et d’Annick Chartreux (compositeur-arrangeur aux Editions Van de Velde, professeur agrégé d’éducation musicale à Paris) dans une brillante interprétation à quatre mains au piano. Suit le bref extrait de «Gospelmania» d’Annick Chartreux plein de spiritualité et de rythmes de négro-blues... Moment de plénitude, de malice, d’un rêve fantaisiste non dépourvu d’un humour avec «l’embarquement pour Cythère» de Poulenc pour deux pianos. Scintillant comme un resplendissant feu d’artifice, exubérant, audacieux et volubile mais surtout plein de vivacité et de chaleur ce «Scaramouche» à deux pianos a été interprété par Herzog et Chartreux avec une verve absolument jubilatoire, verve contagieuse qui a littéralement enthousiasmé le public qui s’est déchaîné en un tonnerre d’applaudissements. Après l’entracte, changement total d’atmosphère, de formulation, de rythme, de sonorité car la seconde partie du programme était réservée à la musique arabe traditionnelle (mouachahats dans leurs diverses composantes) évoquant des passions dissolvantes sous la lumière argentée d’un Orient profondément lyrique, ainsi qu’à des airs familiers à notre public qui relèvent du folklore. (signées Georges Farah et Philimon Wehbé), ces modulations pleines de nostalgie, de charme et de douceur et qu’on identifie comme l’expression d’un «inconscient collectif»...
E.D.


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