Les Equatoriens ont déclenché une grève générale de 48 heures mercredi matin pour forcer le gouvernement à abroger l’ensemble des mesures économiques jugées inflationnistes et demander au Congrès de trouver un mécanisme démocratique pour destituer M. Bucaram, 45 ans.
Les grévistes protestent notamment contre les augmentations des prix du gaz domestique (+ 245%), de l’électricité (+300%), des communications téléphoniques nationales (+ 1.000%), et du transport urbain (+60%).
Selon un institut de sondage, 51% des Equatoriens participent au mouvement de protestation et 61% des personnes interrogées se sont déclarées favorables à la démission du président Bucaram.
Face à cette crise, le président est intervenu dans la soirée à la radio et à la télvision pour tenter de calmer les esprits. «Le gouvernement souhaite changer le fonctionnement de tous les secteurs de la société touchés par la crise et veut, dans un premier temps et dans les prochaines heures, procéder à des changements importants dans le cadre de la recherche d’une concertation nationale», a-t-il dit.
Auparavant, le président Bucaram — à la tête du pays depuis six mois — avait décrété l’état de mobilisation nationale, impliquant l’obligation pour les Equatoriens d’aller travailler. Les armées et la police ont reçu l’ordre de préserver l’ordre public. Selon la Loi de Sécurité nationale, vestige des dictatures militaires des années 70, le président peut exiger des Equatoriens qu’ils retournent travailler, et leurs biens et propriétés peuvent être réquisitionnés.
Le président du Parlement Fabian Alarcon a riposté en décidant de lancer, à la demande de l’opposition, une procédure pour la tenue d’une session extraordinaire du Parlement, qui portera officiellement sur «l’analyse de la situation politique».
La première journée de la grève — la première depuis le retour de la démocratie en Equateur en 1979 — a été marquée par des manifestations dans les grandes villes et dans les campagnes, qui ont paralysé le pays.
La Croix-Rouge et des organisations de défense des droits de l’homme ont fait état de six blessés parmi les manifestants, victimes de tirs de grenades lacrymogènes. Trois policiers, dont un officier, ont en outre été blessés par des plombs de fusil de chasse aux abords du palais présidentiel.
Le palais présidentiel ainsi que le siège du Parlement étaient fortement gardés. L’armée et la police ont refoulé les manifestants près du Parlement, mais le double cordon policier a été rompu par un millier de manifestants, réunis pour empêcher une éventuelle action militaire contre les parlementaires.
Mercredi soir, le ministère de la Défense a publié un communiqué affirmant que les forces armées étaient les «gardiennes» de la Constitution. Les forces armées équatoriennes «observent avec vigilance le mouvement de protestation afin d’empêcher toute action illégale et sont ainsi les gardiennes de la Constitution de la République», a indiqué le ministère.
Le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA) César Gaviria, invité par le gouvernement équatorien pour observer la situation à Quito, a écarté l’éventualité d’un coup d’Etat militaire. «Je ne vois pas les forces armées d’Equateur mettre en péril la démocratie», a-t-il déclaré après un entretien de trois heures avec le président Abdala Bucaram.
L’Eglise équatorienne, quant à elle, a demandé au Parlement de trouver une solution rapide à la crise, pour éviter une fragilisation du régime démocratique.
Enfin, ajoutant à la confusion, la vice-présidente du Parlement, Rosalia Arteaga, a estimé que la succession éventuelle du président lui revenait de droit, et elle a accusé M. Alarcon de tenter de prendre la place de M. Bucaram et de déstabiliser le régime démocratique.
M. Alarcon a démenti. «Personne ne veut de coup d’Etat, nous voulons respecter la Constitution, c’est la décision des législateurs, mais nous mettrons même nos propres vies en jeu s’il le faut», a-t-il dit lors d’une conférence de presse, entouré d’une cinquantaine de députés.


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