Zony, dans le sud de Tchétchénie, est un petit village ravagé comme tant d’autres par 21 mois de guerre dans la petite république séparatiste. «Les Russes ont occupé le village pendant trois mois. Quand ils sont partis, ils ont pillé, détruit ou saccagé toutes les maisons sauf trois», explique Saïd Ismaïlov, 54 ans.
Depuis octobre 1995, les villageois sinistrés sont installés dans les abris de fortune fournis par l’Office des migrations internationales.
«Personne n’a de travail, tous nos biens agricoles ont été détruits et les champs sont minés. Et en plus nous ne recevons aucune aide», se lamente Saïd Ismaïlov, qui vivote dans deux petites pièces avec sa femme et ses trois enfants, dont un fils grand invalide de naissance.
Le Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) vient d’installer un générateur pour le village. «Nous voulons aussi reconstruire une école et un dispensaire», indique Saïd Bourzigov, représentant local du HCR. Mais pour l’heure, après l’assassinat de six délégués de la Croix-Rouge en décembre en Tchétchénie, toutes les activités des organisations humanitaires sont gelées. Avec l’arrivée du deuxième hiver, de nombreux habitants ont préféré quitter Zony. Sur 100 familles avant guerre, il n’en reste plus que 19 installées dans les conteneurs et 13 qui ont réussi à retaper tant bien que mal leur domicile.
La majorité de ceux qui sont partis ont trouvé refuge auprès de parents ou se sont dirigés vers la capitale.
Mais à Grozny, aux immeubles et infrastructures dévastés, la situation n’est guère meilleure. Le maire, Letcha Doudaïev, neveu de l’ancien président indépendantiste Djokhar Doudaïev, se plaint amèrement de l’absence totale de moyens pour entreprendre tout travail de reconstruction.
«On ne nous donne pas un sou. Nous avons fait ce qui pouvait l’être avec l’énergie de la population. Mais nous ne pouvons même pas assurer les services de base», se plaint-il, alors que plus de 300.000 personnes vivent dans la ville selon lui.
Le gaz et l’électricité (fournie par la Russie) ne desservent pas tous les quartiers. Les égouts sont un lointain souvenir. Quant à l’eau, il faut souvent aller la chercher dans la rue, en remplissant des seaux à une dérivation posée sur une canalisation.
L’affaire du
gouvernement
Pour l’heure, on refait quelques routes et quelques ponts. «Ce travail pourra durer tant que nous aurons encore des matériaux d’avant», dit le maire, en évoquant la politique de reconstruction — marquée par des détournements de fonds massifs — engagée sous les autorités tchétchènes installées par Moscou du temps de l’intervention militaire.
«Même si nous ne devons compter que sur nos propres forces, nous reconstruirons Grozny», affirme le maire. «Nous avons déjà des contacts avec des compagnies étrangères».
Pourtant, il laisse percer une lassitude devant l’ampleur de la tâche. «Tous ces gens qui viennent pleurer dans mon bureau, c’est dur». Il se refuse à chiffrer un montant pour la remise à neuf de Grozny, assurant que «c’est l’affaire du gouvernement».
En pleine campagne pour l’élection présidentielle, le gouvernement préfère aujourd’hui s’occuper de politique. Le ministre de la Construction, Aslambek Ismaïlov, dirige ainsi à plein temps la campagne de Chamyl Bassaïev.
La reconstruction est à peine un enjeu de campagne, tant les besoins sont criants. Tout juste les principaux candidats affichent-ils quelques divergences sur la répartition des tâches entre Etat et secteur privé.
Les sinistrés de la guerre sont parfois convoités. A Zony, un camion est venu porter sacs de farine et margarine «de la part d’Aslan Maskhadov», un des candidats. Dans son conteneur, Iakha, la femme de Saïd Ismaïlov, s’en moquerait presque. «Avec un tout petit peu d’aide nous pourrions refaire notre maison nous-mêmes. Ça n’est pas demandé beaucoup. Mais c’est comme si tout le monde nous avait oubliés».


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