Ourous-Martane, située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale Grozny, a connu une transition en douceur relative après les accords de paix d’août dernier, qui ont marqué la prise de contrôle des indépendantistes.
Les principaux responsables de l’administration locale — qui avait coopéré avec le pouvoir tchétchène installé par les Russes du temps du conflit — ont été écartés et placés en détention à domicile, mais un accord a été passé pour éviter tout excès.
«C’est en grande partie grâce à Akhmed Sakaïev (un important responsable séparatiste originaire de la ville), qui est venu immédiatement pour veiller à ce que tout se passe calmement», souligne Saïd Issaraïev, nouveau vice-préfet du district.
La ville ne sait pourtant pas gré à l’enfant du pays — candidat à l’élection présidentielle — de ses efforts, et selon une enquête effectuée par les autorités locales, s’apprête à voter à 50% pour Aslan Maskhadov — l’ancien commandant en chef des forces séparatistes — au premier tour du scrutin le 27 janvier.
«Je soutenais l’opposition, mais je voterai Maskhadov, car je pense qu’il aura les meilleures chances de s’entendre avec la Russie et de préserver la paix», affirme Zarah, qui tient un étal au marché.
Des cinq principaux candidats à la présidentielle, tous issus des rangs séparatistes, Aslan Maskhadov est en effet celui qui est réputé rencontrer le moins d’opposition parmi les cercles du pouvoir à Moscou. Le fait qu’il soit originaire du nord anti-indépendantiste du pays renforce l’impression qu’il sera le plus apte à panser les blessures, nées de la guerre, entre «résistants» et «collaborateurs».
Le camp des vaincus
«De toutes façons, l’opposition n’aurait pas eu l’idée de présenter un candidat à la présidentielle, ils savent que c’est sans espoir et font leur choix en conséquence», résume M. Issaraïev.
En revanche, les anti-indépendantistes misent sur les élections législatives, qui se dérouleront simultanément au scrutin présidentiel pour exister politiquement.
Le district d’Ourous-Martane compte cinq circonscriptions, dans chacune desquelles se présentent une quinzaine de candidats en moyenne dont la moitié issus de l’opposition, qui n’a pas réussi à unir ses différentes tendances pour présenter des candidats communs.
«Ils ont jeté toutes leurs forces dans cette bataille et nous pensons qu’ils peuvent remporter une des deux circonscriptions de la ville», explique M. Issaraïev.
Les nouvelles autorités se sont efforcées de donner des gages de bonne volonté. Tous les représentants de l’opposition qui en ont fait la demande ont ainsi été admis dans les commissions électorales locales.
«Nous savons que notre destin dépend pour beaucoup de ces élections et pour cela il faut que tous les Tchétchènes puissent les reconnaître comme légitimes», souligne le vice-préfet.
Mais le nouveau pouvoir peut faire ce qu’il veut, les quelque 40.000 habitants d’Ourous-Martane semblent encore pour beaucoup ressentir le stigmate d’appartenir au camp des vaincus. «Maskhadov ou un autre, c’est bien pareil», soupire Khamzat, 45 ans. «Mais il faudra bien voter pour le moins mauvais d’entre eux pour nous préserver des autres».


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