Alors que le soleil émergeait de derrière les collines pelées du désert de Judée, un Palestinien a grimpé, seul, sur une grande antenne fixée sur le toit du bâtiment, pour hisser le drapeau national noir-vert-rouge-blanc.
Après des mois de négociations entre Israël et l’OLP, il n’a fallu que dix minutes aux militaires pour se transférer les pouvoirs, une opération que l’armée israélienne a appelée «Remise des Clés».
Le général Gaby Ofir, chef des forces israéliennes en Cisjordanie, a serré la main du nouveau chef de la police palestinienne de Hébron, le général Abdoulfattah Jéouidi, qui était escorté de ses hommes en uniforme noir et béret rouge de la Force 17, la garde prétorienne du président Yasser Arafat.
«L’opération s’est déroulée de façon exemplaire, grâce aux préparatifs très précis menés depuis des mois», a déclaré le général Ofir en quittant la place. «Les soldats juifs observants n’ont pas posé de problème et ont participé à l’opération», a-t-il ajouté.
Hébron est la huitième grande ville de Cisjordanie dont les Palestiniens prennent le contrôle. Mais c’est la première fois qu’un territoire palestinien est évacué par les Israéliens depuis l’arrivée de la droite au pouvoir en Israël, il y a sept mois.
La cité où vivent 400 colons juifs parmi 120.000 Palestiniens est un haut lieu des tensions judéo-arabes. Un colon avait massacré 29 musulmans en prière en février 1994 et le 1er janvier dernier, un soldat a ouvert le feu à l’arme automatique dans le marché central, blessant six Palestiniens.
Prochaine visite de Arafat
La passation de pouvoirs a eu lieu sept heures après la ratification par le parlement israélien de l’accord sur le redéploiement militaire conclu mercredi avec l’OLP. Israël s’est ainsi retiré des quatre cinquièmes de Hébron, tout en maintenant ses troupes autour des maisons où vivent les colons et devant le Caveau des Patriarches, tombeau présumé d’Abraham, Isaac et Jacob.
«Les Israéliens ne sont pas complètement partis. Si cela avait été le cas, il y aurait eu des célébrations gigantesques. Mais au bout du compte, nous finirons bien par les faire partir un jour de Hébron», a déclaré un habitant, Fayez al-Hirbawi, 52 ans.
Selon le maire de Hébron, Moustapha Natché, M. Arafat lui-même, dont le portrait a déjà été accroché dans les rues de la ville, viendra «dans les prochains jours» visiter les quartiers libérés de l’occupation.
Des fusils d’assaut Kalachnikov ont été distribués aux policiers et les patrouilles communes ont commencé avec l’armée israélienne autour du réduit où sont retranchés les colons juifs. A la fin de la journée, quelque 400 policiers palestiniens au total devaient être déployés à Hébron.
Dans la rue, quelques colons armés déambulaient, l’air renfrogné. «C’est un jour triste. Ce retrait nous fait peur», a expliqué un de leurs porte-parole, M. Aharon Domb.
Lors du débat parlementaire jeudi, le premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que les colons resteraient à Hébron et qu’Israël encouragerait même leur communauté à croître et se développer.


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