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Actualités - Chronologie

Restauration d'un album de Tintin L'Ile noire, version 1943 (photo)

PARIS. — De Mirèse AKAR
L’année 1996, celle du centenaire de la bande dessinée, ne se sera pas terminée sans qu’aient trouvé réconfort et consolation les nostalgiques de l’édition 1943 de «L’île noire» de Hergé, restée pour eux la seule, la vraie puisqu’ils s’obstinent à renier celle de 1965 depuis trois décennies. Casterman vient de lui faire subir la plus exigeante des restaurations: un travail de haute précision qui a nécessité l’achat d’équipements informatiques pour six millions de francs. Mais au diable l’avarice! Tintin méritait bien cela, et il ne s’agit pas d’un investissement à fonds perdus puisque d’autres aventures du reporter à la houppe doivent également reparaître en fac-similé.

«Une affaire bizarre»

«C’est une bizarre affaire, une bizarre affaire», surprend-on l’un des Dupont à s’exclamer dans «L’île noire». Pour entendre aussitôt son compère renchérir: Je dirais même plus: c’est une affaire bizarre». Un commentaire qui s’appliquerait en fait aux avatars de «L’île noire», le seul album de l’histoire de la bande dessinée à avoir connu trois versions successives.
La première, en noir et blanc, avait commencé par être publiée en feuilleton, du 15 avril 1937 au 16 juin 1938, dans Le Petit Vingtième, avant de paraître en un volume de cent vingt-quatre planches, fin 1938. En 1943, «L’île noire» subissait une «mise au format» qui la ramena aux soixante-deux pages devenues désormais la norme pour les albums de Hergé. Celui-ci s’était entre-temps mis à la couleur, privilégiant les tons pastels qui permettaient de se jouer des approximations de la photogravure. Les trépidantes aventures de Tintin en Ecosse étaient une petite merveille de fantaisie avec, immanquablement, un rebondissement par vignette.

Un Anglais tatillon

Las! Des années plus tard, il fallut faire droit aux exigences intempestives d’un éditeur britannique tatillon qui avait relevé nombre d’erreurs propres à choquer les lecteurs de son pays et dont l’édition en langue anglaise, prévue pour 1965, devait impérativement être expurgée. «Objectif lune» était sorti dans l’intervalle et personne n’avait chicané Hergé sur la topographie de l’astre de la nuit. Il le fut en revanche aussi bien sur la configuration des falaises que sur le dessin des plaques minéralogiques ou l’architecture des ponts de chemins de fer entrevus dans «L’île noire». Bon prince, il dépêcha dans la perfide Albion son assistant, Bob de Moor, avec mission de procéder à des repérages. Celui-ci se vit, entre autres, invité à visiter Scotland Yard et le service des tailleurs de la police où on lui offrit — à seule fin de refaire les dernières planches — un uniforme de «bobby. Toutes sortes de rectifications s’ensuivirent: noms de lieux modifiés, costumes remis à la mode, véhicules actualisés. On ne devait plus voir, notamment, l’étonnante voiture à bras des pompiers qui avaient perdu la clé de leur garage! Si l’album prenait un coup de jeune, le récit lui-même s’en trouva modifié, perdant en charme ce qu’il gagnait en véracité.
Mais tout est bien qui finit bien. Par la grâce de l’informatique, l’édition de 1943 vient d’être irréprochablement restaurée. Il n’est jusqu’au papier qui, par son grain, reproduit à s’y méprendre celui d’alors. Dix-huit heures de travail ont été nécessaires pour recolorier chacune des vignettes en se basant sur les films d’origine. Ce n’est pas trop cher payé pour pareille résurrection.
PARIS. — De Mirèse AKARL’année 1996, celle du centenaire de la bande dessinée, ne se sera pas terminée sans qu’aient trouvé réconfort et consolation les nostalgiques de l’édition 1943 de «L’île noire» de Hergé, restée pour eux la seule, la vraie puisqu’ils s’obstinent à renier celle de 1965 depuis trois décennies. Casterman vient de lui faire subir la plus exigeante des restaurations: un travail de haute précision qui a nécessité l’achat d’équipements informatiques pour six millions de francs. Mais au diable l’avarice! Tintin méritait bien cela, et il ne s’agit pas d’un investissement à fonds perdus puisque d’autres aventures du reporter à la houppe doivent également reparaître en fac-similé.«Une affaire bizarre»«C’est une bizarre affaire, une bizarre affaire», surprend-on l’un...