Pour lui «la première mémoire est biologique. Elle est écrite; elle pousse de la vie, malgré nous, malgré le temps. Aussi, nous dépendons d’elle puisque nous construisons le monde à notre image interne...». L’image interne fait référence pour Hanibal Srouji «au mécanisme qui constitue l’existence de la chose elle-même». Cette relation entre le monde externe et le monde interne «c’est-à-dire entre le corps humain et le produit humain a fait l’objet d’un gigantesque travail effectué par des artistes américains avec le concours de chercheurs de l’université MIT. Ils ont essayé de faire le parallèle entre notre structure interne, l’image de notre cerveau, par exemple, et celle d’un réacteur nucléaire. L’image est pareille; elle est fabriquée de la même façon...» dit le conférencier qui met ainsi l’accent sur la corrélation entre la mémoire biologique et la connaissance générale: «la mémoire personnelle est une image qui a acquis des connaissances externes».
Mais la mémoire n’est pas seulement une faculté d’accumuler des informations. «Elle est aussi la méthode de fonctionnement de l’homme. Le code de structure des idées elles-mêmes». Et Srouji d’exposer, à titre d’exemple, sa manière d’aborder une image, une œuvre; «Regarder un tableau, c’est pénétrer le monde de l’artiste, découvrir les signes dans les couleurs, sa façon de réfléchir avec les formes les signes inscrits dans les couleurs... C’est le processus interne de la fabrication de la pensée qui m’intéresse». Aussi trois lectures sont proposées par le conférencier: «La lecture externe qui concerne la valeur esthétique de l’objet. Sa lecture historique, c’est-à-dire sa mémoire traditionnelle, sa mémoire culturelle... Sa lecture interne c’est-à-dire le processus interne de la fabrication de la pensée, comment la pensée est devenue un objet réel, comment l’image a été créée... Le processus interne de la mémoire est là synonyme d’existence» dit Srouji qui souligne à cet effet l’importance des musées pour emmagasiner les connaissances: «une idée peut devenir caduque à un moment donné mais le processus de pensée, les méthodes de pensée sont toujours révolutionnaires puisqu’ils aident à reformuler une idée, redéfinir une culture, une manière de voir et de concevoir le monde... La peinture est un mode de pensée et d’expression, de mise en lumière de grandes causes...». Et Srouji de demander: «Où sont les lieux de mémoire chez nous, au Liban»? dans quelle mesure un musée est-il une priorité dans un pays en voie de reconstruction?.
Srouji devait également aborder le rôle de la mémoire dans son œuvre: «Un tableau c’est l’expression concrète d’une certaine manière de penser et de voir le monde. Une plate-forme, un champ de manœuvre souple où l’idée prend corps, c’est-à-dire émerge du niveau de recherche au domaine de la réalisation... Mes œuvres sont le fruit de l’alliance du spirituel et du matériel, de la conscience et de l’existence...» a-t-il conclu.


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