Des Tesla Cybertruck stationnés devant une installation de SpaceX à Starbase, au Texas, aux États-Unis, le 21 avril 2026. Photo d'archives Carlos Barria / Reuters
Elon Musk a estimé mardi qu’une fusion entre ses deux entreprises cotées en Bourse, Tesla et SpaceX, serait une « bonne idée », apportant publiquement son soutien à un projet qui donnerait naissance à l’une des entreprises les plus valorisées au monde, avec une estimation de quelque 3 500 milliards de dollars.
L'homme d'affaires a ajouté que les deux sociétés avaient déjà constitué des comités spéciaux chargés d’étudier un rapprochement, tandis que la perspective de cette fusion a fait grimper de 8 % l’action de l’entreprise spatiale et technologique lors des échanges après la clôture des marchés.
Alors que le constructeur de véhicules électriques Tesla et l’entreprise spatiale SpaceX étaient autrefois considérés comme des sociétés aux activités largement distinctes, leurs frontières se sont progressivement estompées à mesure que Musk étend ses activités à l’intelligence artificielle (IA), à la robotique, à la fabrication avancée, aux communications par satellite et aux infrastructures de calcul, notamment les centres de données terrestres et potentiellement, orbitaux.
Voici ce qu’une éventuelle fusion pourrait impliquer.
Pourquoi une telle opération ?
Une fusion donnerait naissance à une entreprise unique au cœur de la vision à long terme de Musk : un empire intégré de technologies et de production industrielle couvrant l’IA, l’énergie, la robotique, les communications et les transports, sur Terre comme au-delà.
« Je pense qu’il y a de solides arguments en faveur d’un rapprochement, car nous sommes pratiquement à l’aube de la singularité de la superintelligence. Il y a beaucoup à gagner d’une coopération dans le développement de logiciels de superintelligence, la conception de puces, le projet Terafab, bien sûr, la robotique, le transport de masse vers l’orbite avec la constellation Starmind (de centres de données orbitaux) et la connectivité », a déclaré Elon Musk mardi.
Le rapprochement pourrait également simplifier la prise de décision. De nombreux projets de Musk mobilisent déjà plusieurs de ses entreprises et nécessitent l’approbation de conseils d’administration et d’actionnaires distincts. Une société fusionnée offrirait à la direction davantage de latitude pour affecter les capitaux, les ingénieurs et les infrastructures aux activités présentant, selon elle, le plus fort potentiel.
Musk affirme depuis longtemps qu’il a besoin d’une influence accrue sur Tesla pour mettre en œuvre sa stratégie dans l’IA et la robotique. Il détient près d’un cinquième du capital de Tesla et dispose du contrôle des droits de vote chez SpaceX. Une fusion pourrait consolider son influence.
Quelles conséquences pour les investisseurs ?
Les actionnaires de Tesla auraient accès aux activités en forte croissance de SpaceX, notamment son service d’Internet haut débit par satellite Starlink, ses services de lancement et ses futurs projets spatiaux. Les investisseurs de SpaceX détiendraient, de leur côté, une participation dans les activités de Tesla liées aux véhicules, au stockage de l’énergie, à la conduite autonome et à la robotique.
L’entreprise fusionnée pourrait également devenir l’une des sociétés les plus valorisées au monde, avec une capitalisation boursière d’environ 3 500 milliards de dollars, en réunissant des positions de premier plan dans l’automobile, la robotique, les communications par satellite, les lancements spatiaux, le stockage de l’énergie et les infrastructures d’IA.
Les partisans de l’opération feraient probablement valoir que le groupe pourrait répartir ses capitaux plus efficacement entre des activités de plus en plus interdépendantes.
Les critiques estiment toutefois que les investisseurs seraient exposés à un éventail beaucoup plus large de risques techniques, réglementaires et opérationnels, dont certains n’ont que peu de liens entre eux.
Quels domaines de coopération ?
Les satellites Starlink pourraient fournir des liaisons de communication aux robotaxis de Tesla, à ses systèmes autonomes et aux futures générations de robots humanoïdes Optimus. Les batteries et les solutions de stockage d’énergie de Tesla pourraient contribuer à répondre aux besoins énergétiques croissants de SpaceX, notamment pour ses futurs centres de données.
Musk a déjà annoncé un important projet de collaboration entre les deux entreprises : Terafab, un projet consacré aux semi-conducteurs et au calcul pour l’IA, destiné à produire les puces avancées nécessaires aux véhicules autonomes et aux robots Optimus de Tesla, ainsi qu’aux projets de SpaceX dans l’IA et les centres de données. Musk espère que la production à grande échelle pourra commencer d’ici à la fin de 2028.
L’expertise de Tesla dans l’automatisation des grandes usines pourrait compléter les efforts de SpaceX pour industrialiser la production de Starship. À l’inverse, des technologies de SpaceX sont déjà présentes dans les produits Tesla, notamment avec l’utilisation prévue de composants dérivés des technologies spatiales dans la prochaine génération du Roadster.
Une entreprise fusionnée pourrait également coordonner ses efforts pour sécuriser ses chaînes d’approvisionnement stratégiques, en s’appuyant sur la puissance industrielle de Tesla dans les batteries, les semi-conducteurs et les équipements de production, tout en répondant aux besoins de SpaceX en métaux spécialisés, composants électroniques, éléments de propulsion et matériel satellitaire.
Quels sont les risques ?
Les principaux obstacles pourraient être d’ordre géopolitique et réglementaire.
SpaceX est un important prestataire du département américain de la Défense, des agences de renseignement et de la NASA. Tesla, de son côté, reste étroitement liée à la Chine par l’intermédiaire de son usine de Shanghai, qui joue un rôle majeur dans sa production et ses ventes de véhicules. Cette combinaison pourrait susciter une surveillance accrue de la part des autorités américaines, notamment celles chargées de la sécurité nationale, mais aussi de Pékin.
La fusion se heurterait également à des obstacles liés aux actionnaires et à la gouvernance. Les investisseurs devraient être convaincus que le regroupement de deux entreprises déjà complexes créerait davantage de valeur que leur maintien séparé. Les questions relatives aux conflits d’intérêts, au contrôle des droits de vote et à l’affectation des capitaux ne manqueraient pas de se poser.
Enfin, les risques liés à l’exécution des projets resteraient importants. Starship, les robotaxis, les robots humanoïdes, les centres de données dédiés à l’IA, les communications mobiles et les infrastructures orbitales sont autant de projets coûteux et techniquement complexes. Une fusion entre Tesla et SpaceX ne réduirait pas ces risques : elle les réunirait simplement au sein d’une même entreprise.

