Le président français Emmanuel Macron s’adresse aux membres des médias, le jour du 9ᵉ sommet annuel des fonds souverains One Planet (OPSWF), à Lusail, au Qatar, le 21 octobre 2026. Photo REUTERS/Benoit Tessier
Le président français Emmanuel Macron est arrivé mercredi en Arabie saoudite pour une visite non annoncée, la première d'un chef d'Etat occidental dans le royaume depuis l'intensification des frappes houthies début octobre. L'avion présidentiel s'est posé à l'aéroport de Riyad, a constaté une journaliste de l'AFP, ultime étape d'une tournée dans le Golfe très critiquée en France après les violences du week-end en marge de manifestations contre la « vie chère ».
Avant cette visite, restée secrète jusqu'au dernier moment pour des raisons de sécurité, M. Macron s'est rendu depuis lundi au Koweït, aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et au Qatar.
Face aux critiques en France sur le maintien de cette tournée, Emmanuel Macron martèle qu'il est « dans son rôle » avec ce voyage qui visait à sécuriser des approvisionnements en diesel et gaz dans le Golfe afin de faire « baisser la tension » sur les prix à la pompe, une des causes de la colère sociale en France. « Il ne doit pas y avoir de fébrilité (..) La main ne doit pas trembler au sommet de l'Etat », a-t-il martelé depuis Doha alors qu'une nouvelle journée de mobilisation est annoncée samedi en France.
Durant son voyage, il a sécurisé la livraison de 200 000 tonnes de diesel par mois aux Emirats et au Bahrein. L'Elysée a aussi annoncé un geste similaire de l'Arabie à hauteur de 95 000 tonnes par mois pour octobre et novembre. Soit un total équivalent à plus de 10% de la consommation mensuelle du pays.
« Solidarité »
La visite d'Emmanuel Macron constitue aussi un signal fort de soutien à son allié saoudien : il est le premier chef d'État étranger à se rendre dans la capitale depuis la suspension des vols à l'aéroport de Riyad, le 10 octobre, à la suite d'une attaque meurtrière. Il doit rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane « afin de marquer la solidarité de la France avec le royaume face aux attaques menées par les Houthis contre son territoire », selon l'Elysée.
Les houthis pro-iraniens ont multiplié ces dernières semaines les frappes contre les aéroports et les infrastructures énergétiques saoudiennes. Seul le président syrien Ahmed al-Chareh est venu depuis début octobre, ainsi que le Premier ministre irakien Ali al-Zaïdi. Et plusieurs rendez-vous internationaux ont été annulés en raison de l'extrême tension sécuritaire sur place.
Mardi, les forces saoudiennes ont encore annoncé l'interception d'un missile balistique visant Riyad et d'un drone, après une alerte à la population. Cette intensification du conflit intervient après la reprise en juillet de la guerre au Yémen, qui oppose depuis 2014 les houthis aux forces gouvernementales, soutenues par une coalition dirigée par Riyad.
« Capacités déployées »
Face à ces attaques, Emmanuel Macron a annoncé en septembre le déploiement de « soldats, radars et systèmes de défense » français pour « protéger » le site de Yanbu, un maillon stratégique du réseau d'installations énergétiques de l'Arabie saoudite. Il a justifié cette décision par la même nécessité de faire baisser la pression sur les marchés pétroliers, la présentant alors comme une opération purement défensive et démentant toute volonté de « s'engager dans le conflit » avec les Houthis du Yémen. « Nous sommes aux côtés de la sécurité et de la défense de l'Arabie Saoudite », a insisté mercredi le président français. « Depuis huit jours maintenant, on a des effectifs qui y sont, des capacités qui sont déployées ».
Lundi, les houthis ont revendiqué une nouvelle attaque contre des installations d'Aramco à Yanbu, sans confirmation saoudienne. En septembre, les combattants pro-iraniens ont aussi progressé sur la côte yéménite de la mer Rouge, renforçant leur présence près du détroit de Bab el-Mandeb, reliant l'Europe à l'Asie.
Pour l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, la mer Rouge est devenue une voie d'exportation essentielle depuis le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran, de l'autre côté de la péninsule arabique.