Le président Joseph Aoun, au centre, recevant une délégation de l'église grecque-orthodoxe, présidée par le patriarche Youhanna X Yazigi, le 21 octobre 2026 à Baabda. Photo présidence libanaise
Le président libanais Joseph Aoun a critiqué mercredi ceux qui « alimentent les divisions confessionnelles et collaborent avec l’étranger », alors que le pays est en proie dernièrement à des tensions entre le Hezbollah et ses détracteurs. Ces derniers jours, Joseph Aoun a durci le ton face aux armes illégales du Hezbollah, après la saisie d’explosifs appartenant au parti chiite à Dahr el-Baïdar et une perquisition mouvementée dans un entrepôt de médicaments suspects près de la banlieue sud de Beyrouth.
« Certains alimentent les divisions confessionnelles et religieuses pour des intérêts personnels au détriment de leur pays, et d’autres collaborent avec l’étranger contre leurs compatriotes à l’intérieur », a dénoncé le président, lors d'une rencontre avec une délégation du Synode de l'Église grecque-orthodoxe, conduite par le patriarche Youhanna X Yazigi. Il a par ailleurs réitéré son appel en faveur du dialogue pour mettre fin au conflit avec Israël, appelant à « renforcer la solidarité interne face aux pressions extérieures ». « Le déroulement des guerres diffère toujours de ce que prévoient les parties en conflit. Les conflits ne peuvent se terminer que par la négociation et le dialogue, tandis que leur prolongement ne conduit qu’à davantage de destruction, de victimes et de sang », a déclaré le chef de l'Etat depuis le palais de Baabda.
Le Hezbollah a critiqué à plusieurs reprises les négociations directes entre le Liban et Israël, menées sous l'égide de Washington, appelant les autorités libanaises à s'en retirer. Alors que ces réunions sont au poiny mort depuis août, une délégation libanaise a entamé mardi une première journée de pourparlers avec des représentants israéliens, à Tampa, en Floride, basée notamment sur des revendications libanaises d'un retrait israélien du Liban-Sud et de la fin des attaques. La session doit se poursuivre aujourd'hui.
« L'objectif fondamental de la négociation est d’obtenir le retrait israélien des territoires occupés, la libération des prisonniers, le retour des déplacés, la reconstruction et le déploiement de l’armée sur l’ensemble du territoire libanais. Il n’existe pas de divergence au Liban sur ces objectifs, la différence réside dans la manière et la méthode de leur réalisation », a estimé Joseph Aoun, ajoutant que « lorsque le Sud est meurtri, la blessure affecte tout le Liban ». « Les guerres qui nous ont été imposées ont eu des répercussions négatives sur le retour des institutions dans le Sud, bien qu’un saut qualitatif ait été enregistré dans de nombreux domaines, notamment en ce qui concerne les réformes économiques, financières, administratives et judiciaires », a-t-il encore dit.
Joseph Aoun a par ailleurs appelé à « rétablir la confiance entre le peuple et l’État, ainsi que la diaspora ». « Notre unité est essentielle, car nous n’avons qu’une seule patrie, un seul drapeau, une seule identité. Le Liban, comme l’a dit le pape Jean-Paul II, est un message. Il est riche de sa diversité et de son pluralisme, et nous devons tirer profit de cet atout », a-t-il ajouté.
Prenant la parole, le patriarche Yazigi a estimé que le pays traverse « une époque exceptionnelle » qui a poussé le chef de l'Etat à « prendre des décisions inédites ». « Nous sommes ici à vos côtés, monsieur le président, dans le rôle qui vous place face à votre responsabilité historique, et nous avons confiance en votre sagesse », a-t-il déclaré. « En tant que chrétiens d’Orient, nous voyons dans le Liban fondé sur la parité le symbole de notre présence chrétienne dans cette région. Nous y demeurerons aussi longtemps que les cèdres resteront au Liban, et affirmons la nécessité de tendre la main à nos frères musulmans », a ajouté le prélat.